Raffineurs nigérians : halte aux importations de produits pétroliers
L'association des raffineurs nigérians presse le gouvernement de cesser d'importer des produits pétroliers et de maximiser les capacités locales, alors que le pays importe encore massivement malgré ses raffineries.

Le bras de fer entre les raffineurs nigérians et Abuja prend une nouvelle tournure. La Crude Oil Refinery-Owners Association of Nigeria (CORAN) a publiquement demandé au gouvernement fédéral de mettre fin aux importations de produits pétroliers raffinés. L'argument est simple : le pays dispose désormais d'une capacité de raffinage suffisante pour couvrir sa consommation intérieure, mais continue d'acheter à l'étranger. Une aberration économique pour un producteur de brut qui exporte son pétrole brut pour le racheter transformé, plus cher.
La Nigeria importe encore une part significative de son essence, de son diesel et de son kérosène, malgré la remise en service de la raffinerie de Port Harcourt et le démarrage de la méga-raffinerie Dangote à Lekki. Les raffineurs locaux estiment que ces importations sapent leurs investissements et maintiennent une pression inutile sur les réserves de devises. Chaque cargaison importée, c'est autant de dollars qui sortent du pays alors que le Naira reste fragile. La question du change n'est jamais loin : importer du carburant, c'est acheter des dollars, et vendre des dollars, c'est affaiblir la monnaie locale.
Pour les opérateurs, la solution passe par des mesures protectionnistes assumées : droits de douane dissuasifs sur les produits raffinés importés, quotas, ou interdiction pure et simple. Le gouvernement de Bola Tinubu, qui a libéralisé le marché des changes et supprimé les subventions sur l'essence, se retrouve coincé entre la pression des raffineurs et celle des importateurs, qui disposent de puissants relais politiques. La fin des importations ne se décrète pas : elle suppose que les raffineries locales tournent à plein régime et que la logistique suive, ce qui reste loin d'être acquis.
Le vrai enjeu dépasse le seul secteur pétrolier. Si le Nigeria parvient à raffiner localement tout son brut, il économise des milliards de dollars de devises chaque année et stabilise son taux de change. Pour l'instant, les raffineurs crient dans le désert : leurs appels à cesser les importations se heurtent à une réalité où les cargaisons continuent d'arriver. La balle est dans le camp d'Abuja, qui n'a pas encore arbitré.
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