Pétrole : Dangote ferme ses vannes aux importateurs nigérians
La raffinerie de Dangote a cessé de vendre de l'essence aux marketers qui continuent d'importer des produits pétroliers au Nigeria. Le bras de fer s'intensifie entre le géant industriel et les grands distributeurs.

La raffinerie de Dangote a coupé le robinet. Selon un responsable de l'usine cité par la presse nigériane, le site de Lekki ne livre plus d'essence — le Premium Motor Spirit — aux marketers qui continuent d'importer du carburant au Nigeria. La décision vise à empêcher que le pétrole raffiné localement soit mélangé à des cargaisons importées, ce qui brouille la traçabilité et fausse la concurrence. Depuis sa montée en puissance, la raffinerie d'Aliko Dangote produit de l'essence en quantité suffisante pour couvrir une large part de la consommation nationale. Mais elle se heurte à un réseau de distribution tenu par quelques acteurs historiques, qui gardent la main sur les dépôts, les camions et les stations-service.
Le conflit couve depuis plusieurs mois. Les marketers reprochent à Dangote de fixer ses prix sans concertation, tandis que la raffinerie accuse certains opérateurs de préférer les importations, plus lucratives grâce aux mécanismes de subvention et aux écarts de change. En coupant les livraisons, Dangote durcit le bras de fer : il prive les importateurs récalcitrants d'une source d'approvisionnement locale et les pousse à choisir leur camp. Pour les automobilistes nigérians, l'enjeu est direct. Une rupture dans ce duel pourrait se traduire par des files d'attente aux pompes, comme le pays en a connu à répétition.
Le Nigeria importe encore une partie de son essence malgré une capacité de raffinage théoriquement suffisante. Ce paradoxe tient à des années de sous-investissement dans les infrastructures de distribution et à un système de subventions qui a longtemps favorisé les importateurs. La raffinerie de Dangote, avec ses 650 000 barils par jour, devait mettre fin à cette dépendance. Elle s'attaque aujourd'hui à un maillon moins visible mais tout aussi verrouillé : la logistique et la vente au détail. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car le prix du carburant pèse directement sur le change et sur le coût de la vie.
La suite dépendra de la capacité des autorités à arbitrer. Le gouvernement nigérian a longtemps laissé les marketers dicter leur loi, mais l'arrivée de Dangote rebat les cartes. Si la raffinerie tient sa position, elle pourrait forcer une refonte du circuit de distribution et faire baisser les prix à la pompe. Si les marketers résistent, le pays risque de revivre les pénuries qui ont marqué son histoire récente. Dans les deux cas, le duel entre Aliko Dangote et les grands distributeurs dit une chose : le Nigeria ne pourra pas se contenter de raffiner son pétrole, il devra aussi apprendre à le vendre.
Envoyez votre argent au Nigeria au meilleur taux
SendXOF est la plateforme numérique francophone spécialisée dans les transferts FCFA → Naira. Taux compétitif, transferts instantanés, disponible 7j/7 depuis le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Mali et le Burkina Faso.
Articles similaires

Pétrole : plus d'un milliard de barils sortis des stocks, le matelas de sécurité mondial se dégonfle
Le marché pétrolier a puisé plus d'un milliard de barils dans les inventaires commerciaux pour amortir la crise au Moyen-Orient. Ce coussin de sécurité fond, et le monde devient plus vulnérable à la moindre nouvelle secousse.

Le Nigeria met 40 blocs pétroliers sur le marché alors que sa production atteint 1,82 million de barils par jour
La commission de régulation du pétrole amont ouvre un nouveau cycle d'attribution de licences en 2026. Le pays capte déjà 38 % des investissements amont du continent, selon ses propres chiffres.

Le NESG presse les États nigérians de prendre la main sur la croissance économique
À l'approche du 32e sommet économique nigérian, le NESG appelle les gouvernements des États à exploiter leurs atouts propres, à améliorer le climat des affaires et à créer des emplois.