Paiements transfrontaliers : pourquoi les stablecoins ne suffisent pas, selon le patron de Paga
Tayo Oviosu, directeur général de Paga, estime que la rapidité des stablecoins ne résout pas les obstacles structurels au commerce africain. Il pointe les coûts, la réglementation et l'interopérabilité.

Tayo Oviosu ne croit pas à la solution miracle. Le patron de Paga, fintech nigériane de paiement, douche les espoirs de ceux qui voient dans les stablecoins la réponse unique aux maux des transferts transfrontaliers en Afrique. Dans un entretien accordé à Nairametrics, il explique que la vitesse de transaction, aussi impressionnante soit-elle, ne suffit pas à fluidifier les échanges commerciaux sur le continent. Pour lui, le problème n'est pas tant la technologie que l'environnement dans lequel elle opère : des coûts de change élevés, des réglementations disparates et un manque d'interconnexion entre les systèmes financiers nationaux. Autrement dit, envoyer un dollar numérique en quelques secondes ne règle rien si le bénéficiaire doit ensuite se battre pour le convertir en monnaie locale à un taux décent.
Le dirigeant met en lumière un paradoxe : l'Afrique a vu exploser les solutions de paiement mobile et les fintechs, mais le coût moyen d'un transfert intra-africain reste parmi les plus élevés au monde. Selon la Banque mondiale, envoyer de l'argent vers l'Afrique subsaharienne coûte encore près de 8 % du montant transféré, contre 6 % en moyenne mondiale. Les stablecoins, adossés au dollar, promettent de réduire ce coût en contournant les banques correspondantes. Mais Oviosu rappelle que la liquidité nécessaire pour convertir ces jetons en nairas, en cédis ou en francs CFA reste fragmentée et chère. Pour la diaspora ouest-africaine, cette réalité change la donne sur le coût réel des transferts, au-delà de la simple promesse de rapidité. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais elles butent elles aussi sur les mêmes contraintes de liquidité et de conformité.
Le patron de Paga insiste sur un point souvent négligé : l'interopérabilité. Les stablecoins circulent sur des blockchains, mais les portefeuilles mobiles, les banques et les agents de change traditionnels vivent encore dans des silos. Sans ponts entre ces mondes, l'argent numérique reste bloqué à la frontière. Il prend l'exemple des corridors Nigeria-Ghana ou Nigeria-Côte d'Ivoire, où les commerçants doivent jongler entre plusieurs devises et opérateurs pour finaliser une transaction. La solution, selon lui, passe par des partenariats entre fintechs et banques centrales pour harmoniser les règles et partager la liquidité. Une approche pragmatique, loin du discours libertarien qui entoure souvent les cryptomonnaies.
Reste la question de la confiance. Les stablecoins ont mauvaise presse depuis l'effondrement de Terra en 2022, et les régulateurs africains, à l'image de la CBN nigériane, restent méfiants. Oviosu ne prône pas l'interdiction, mais un encadrement clair qui protège les utilisateurs sans étouffer l'innovation. Pour lui, l'avenir des paiements transfrontaliers en Afrique ne se jouera pas sur une seule technologie, mais sur la capacité des acteurs à combiner rapidité, coût maîtrisé et conformité. Un chantier de longue haleine, qui dépasse largement le cadre des stablecoins.
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