Nourrir l'Afrique : le vrai défi se joue après la récolte
Des récoltes record côtoient des marchés chers et des transformateurs à l'arrêt. Le problème n'est pas de produire plus, mais de relier les fermes aux acheteurs.

Un agriculteur nigérian vient de rentrer une récolte exceptionnelle. Il passe les semaines suivantes à chercher un acheteur qui acceptera de payer le juste prix. À quelques centaines de kilomètres, un transformateur agroalimentaire dispose des machines pour absorber cette production, mais son compte en banque ne lui permet pas d'avancer les fonds nécessaires à l'achat. Entre les deux, des routes, des intermédiaires, et un système qui laisse pourrir les surplus pendant que les étals restent chers.
Le constat n'est pas nouveau, mais il s'aggrave à mesure que les populations urbaines grossissent. Lagos, Abidjan, Dakar : les villes réclament toujours plus de denrées transformées, alors que les zones rurales manquent de tout pour écouler leurs excédents. Le crédit agricole reste rare et cher. Les taux d'intérêt dépassent souvent 20 % pour les petits opérateurs, ce qui décourage toute tentative de stockage ou de transformation à grande échelle. Résultat : les pertes post-récolte atteignent parfois 40 % pour les fruits et légumes.
Les solutions existent pourtant. Des coopératives ont commencé à contractualiser avec des acheteurs avant même les semis, ce qui sécurise les prix et permet d'obtenir un financement bancaire. Des plateformes logistiques mutualisent le transport entre plusieurs producteurs. D'autres acteurs explorent le crédit sur stock, où les sacs de maïs servent de garantie. Pour la diaspora ouest-africaine, ces évolutions changent la donne sur le coût des transferts destinés aux familles restées au village, car elles conditionnent la capacité des ménages à investir dans ces circuits.
Le vrai enjeu n'est donc pas de produire davantage, mais de bâtir des chaînes capables de faire circuler l'information, l'argent et les marchandises au bon moment. Tant que le producteur ne saura pas à qui vendre avant de récolter, et que le transformateur ne pourra pas payer avant de vendre, l'Afrique continuera d'avoir faim avec des greniers pleins.
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