Nigeria : une loi sur la transformation locale des matières premières promet 1,2 million d'emplois
Le Conseil de recherche sur les matières premières table sur 1,2 million d'emplois qualifiés en cinq ans si la loi imposant 30 % de transformation locale avant exportation est adoptée.

Le Nigeria veut arrêter d'exporter ses matières premières à l'état brut. Le Raw Materials Research and Development Council, l'agence fédérale chargée de la recherche sur les matières premières, pousse un projet de loi qui obligerait tout exportateur à transformer sur le sol nigérian au moins 30 % de la valeur du produit avant de le sortir du pays. L'idée n'est pas neuve, mais elle prend une nouvelle ampleur : le conseil estime que la mesure générerait plus de 1,2 million d'emplois qualifiés en cinq ans.
Le mécanisme est simple sur le papier. Au lieu d'expédier du minerai, du cacao ou du caoutchouc brut, les opérateurs devraient ouvrir des unités de première transformation : concassage, raffinage, séchage, conditionnement. Ces activités créent de la valeur ajoutée locale, réduisent la dépendance aux importations de produits finis et retiennent une partie des devises qui quittent aujourd'hui le pays. Le directeur général du conseil insiste sur ce point : chaque tonne transformée sur place est une tonne qui ne revient pas sous forme de produit importé plus cher.
Le pari reste risqué. Les industriels nigérians manquent souvent d'électricité fiable, de routes praticables et de financement long terme. Une obligation de transformation sans infrastructures suffisantes peut pousser certains exportateurs vers des pays voisins moins contraignants, ou alimenter la contrebande. Le conseil répond que la loi s'accompagnerait d'incitations fiscales et de zones industrielles dédiées. Sur le papier, la promesse de 1,2 million d'emplois qualifiés suppose que ces conditions soient réunies — un « si » de taille.
Pour les régions voisines, l'enjeu dépasse les frontières nigériennes. Si le Nigeria transforme davantage sur place, il importera moins de produits finis et exportera des produits semi-finis plus chers. Les flux commerciaux avec le Niger, le Bénin ou le Cameroun s'en trouveraient modifiés. Et pour les diasporas qui envoient de l'argent vers la zone, la santé économique du géant nigérian reste un baromètre : plus d'emplois formels, c'est moins de pression sur les transferts informels. Le débat parlementaire dira si la loi passe. En attendant, le conseil a posé ses chiffres sur la table.
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