Nigeria : trois ans de réformes de la CBN, des réserves solides mais une économie réelle à la peine
Trois ans après l'arrivée d'Olayemi Cardoso à la tête de la CBN, les réserves de change ont grimpé, mais le crédit reste cher et le Naira faible. Le test de l'économie réelle commence.

Olayemi Cardoso a pris les rênes de la Banque centrale du Nigeria il y a trois ans, avec une promesse : assainir la monnaie et stabiliser l'économie. Sur le papier, les résultats sont là. Les réserves de change ont grimpé, portées par une hausse des recettes pétrolières et un afflux de devises via les réformes du marché des changes. La CBN a aussi resserré sa politique monétaire, relevant son taux directeur à plusieurs reprises pour juguler l'inflation. Mais derrière ces indicateurs, le tableau est moins reluisant.
Le crédit reste hors de portée pour la plupart des petites entreprises. Les taux d'intérêt frôlent les 30 %, un niveau qui décourage l'investissement et étouffe la consommation. Les banques, elles, préfèrent prêter à l'État via les bons du Trésor, moins risqués et plus rentables. Résultat : l'économie réelle, celle qui produit des biens et des services, tourne au ralenti. Le Naira, lui, a beau s'être stabilisé sur le marché officiel autour de 1 500 nairas pour un dollar, il reste sous pression. Le marché parallèle continue de traiter la devise à des niveaux plus élevés, signe que la confiance n'est pas totalement revenue.
Pour les ménages et les entreprises, l'équation est simple : emprunter coûte cher, et la monnaie locale a perdu une bonne partie de son pouvoir d'achat ces dernières années. Les importateurs, eux, doivent composer avec un taux de change volatil. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, alors que les plateformes numériques ajustent leurs taux en fonction des réalités du marché.
La CBN a posé les fondations d'une monnaie plus stable. Mais sans un crédit accessible et une inflation maîtrisée, ces réformes resteront lettre morte pour le commun des Nigérians. Le vrai test ne se joue pas dans les salles de marché de Lagos, mais dans les ateliers, les fermes et les boutiques du pays. C'est là que se mesurera le succès — ou l'échec — de ces trois années.
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