Nigeria : sans une industrie plus forte que le PIB, pas d'industrialisation, prévient Enoh
Le ministre nigérian de l'Industrie prévient que le pays n'industrialisera pas tant que la croissance manufacturière ne dépassera pas celle du PIB. Il salue le soutien de l'AFL à la fin des exportations de ferraille.

Le ministre nigérian de l'Industrie, John Enoh, a posé un diagnostic sans détour : le Nigeria n'industrialisera pas tant que la croissance de son secteur manufacturier ne dépassera pas celle de son produit intérieur brut. La formule est brutale, mais elle résume une réalité économique que les chiffres confirment depuis des années. L'économie nigériane reste largement portée par les services et le pétrole, tandis que l'industrie manufacturière plafonne autour de 10 % du PIB. Tant que cette part stagne, le pays importera ce qu'il pourrait produire et exportera des matières brutes au lieu de biens finis.
Enoh a profité de son intervention pour saluer le rôle de l'African Finance League, qui soutient la transition du Nigeria d'exportateur de ferraille vers une industrie de transformation locale. Le dossier de la ferraille est emblématique. Pendant des années, le pays a vendu ses métaux usagés à des acheteurs étrangers, qui les refondent et revendent des produits finis au Nigeria. Chaque tonne exportée brute représente une valeur ajoutée perdue, des emplois non créés et une dépendance importatrice qui pèse sur les réserves de change.
L'enjeu dépasse la seule sidérurgie. Le Nigeria importe encore l'essentiel de son carburant raffiné, une partie de ses engrais et jusqu'à des produits agroalimentaires de base. Une croissance manufacturière supérieure à celle du PIB signifie inverser ce rapport : produire sur place ce que l'on consomme, fixer les prix localement et retenir une partie de la valeur. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une monnaie moins dépendante des importations est une monnaie plus stable.
Les obstacles restent considérables. L'électricité reste insuffisante pour faire tourner des usines en continu, le crédit industriel coûte cher et les infrastructures logistiques grèvent les coûts de production. La déclaration d'Enoh fixe un cap, mais elle ne dit pas comment financer les usines, ni comment convaincre les investisseurs de parier sur une transformation locale plutôt que sur l'export brut. Sans réponse à ces questions, l'industrialisation restera un objectif affiché plutôt qu'une trajectoire mesurable.
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