Nigeria : pourquoi les fintechs restent exclues du marché des changes officiel
Le patron de FMDQ Group, Zeal Akaraiwe, explique que les fintechs nigérianes ne peuvent pas trader directement le forex, faute de licence et en raison du contrôle des changes.

Les fintechs nigérianes ne peuvent pas acheter ni vendre directement des devises sur le marché officiel. Zeal Akaraiwe, directeur général de FMDQ Group, l'a rappelé cette semaine : le cadre réglementaire nigérian réserve l'accès au marché des changes aux banques et aux changeurs agréés. Les applications de paiement, aussi populaires soient-elles, opèrent en dehors de ce cercle. Elles doivent passer par un établissement bancaire pour convertir des nairas en dollars ou en livres. Une contrainte qui pèse sur leurs marges et sur la vitesse d'exécution des transactions.
La raison tient au contrôle des changes hérité de l'époque militaire. La Central Bank of Nigeria (CBN) veut garder la main sur les flux de devises pour éviter la fuite des capitaux et stabiliser le naira. Chaque opérateur doit prouver qu'il dispose d'un capital minimum, d'une gouvernance solide et d'une licence spécifique. Les fintechs, souvent jeunes et légères en bilan, ne cochent pas ces cases. Le régulateur craint aussi que des plateformes peu surveillées ne deviennent des canaux de spéculation. Résultat : elles restent des intermédiaires, pas des acteurs directs.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette architecture change la donne sur le coût des transferts. Les fintechs doivent s'appuyer sur des banques pour accéder aux devises, ce qui ajoute des frais et des délais. Un utilisateur qui envoie 100 000 nairas vers le Ghana ou la Côte d'Ivoire paie parfois 3 à 5 % de plus qu'avec un opérateur bancaire classique. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais elles restent tributaires des mêmes règles. Tant que la CBN ne modifie pas son cadre, les fintechs nigérianes devront composer avec cette dépendance bancaire.
Le débat sur l'ouverture du marché aux fintechs revient à chaque crise de liquidité. En 2023, la CBN avait assoupli certaines règles pour les opérateurs de transfert, sans toucher au trading direct. Zeal Akaraiwe ne prédit aucun changement imminent. Le régulateur privilégie la stabilité du naira à l'innovation ouverte. Pour les fintechs, la stratégie consiste donc à nouer des partenariats solides avec les banques et à se concentrer sur l'expérience utilisateur, pas sur l'accès direct au marché. Une ligne de crête qui pourrait durer encore plusieurs années.
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