Nigeria : malgré la baisse du taux directeur, les crédits restent à plus de 32 %
La CBN a ramené son taux directeur à 23 %, mais les banques facturent en moyenne 32,62 % sur leurs prêts. Le canal de transmission de la politique monétaire reste bloqué.

La Banque centrale du Nigeria a beau avoir abaissé son taux directeur, les entreprises nigérianes ne voient toujours pas la couleur. Le taux maximum moyen appliqué par les banques commerciales est remonté à 32,62 %, selon les données compilées par la banque centrale. C'est plus qu'avant la réduction du taux directeur à 23 % décidée par le Comité de politique monétaire. Autrement dit, le geste de l'institution monétaire n'a pas encore atteint les guichets de crédit.
Ce décalage n'est pas anodin. Les banques nigérianes continuent de se couvrir contre un risque d'inflation qu'elles jugent persistant, et elles intègrent dans leurs barèmes la cherté de leurs propres ressources. Résultat : le crédit reste hors de portée pour une bonne partie des PME, qui financent leurs stocks à des taux à deux chiffres élevés. Les grandes entreprises, elles, négocient des conditions plus favorables, mais l'écart entre le taux directeur et le taux réel payé par le petit emprunteur reste béant.
Pour les opérateurs qui jonglent entre le naira et le franc CFA, ce blocage a une conséquence directe : le coût de l'argent au Nigeria reste élevé, ce qui pèse sur les marges des commerçants et sur les volumes de transferts. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais elles ne peuvent pas gommer l'écart de base entre les deux monnaies. La diaspora ouest-africaine, elle, continue d'envoyer des fonds vers un pays où le crédit formel coûte cher, ce qui alimente la demande de canaux alternatifs.
La question qui monte à Abuja est simple : à quoi sert de baisser le taux directeur si les banques ne suivent pas ? La CBN a promis de surveiller les taux débiteurs, mais elle dispose de peu de leviers directs sur les décisions commerciales des établissements. Tant que l'inflation ne redescendra pas durablement et que les réserves de change ne se stabiliseront pas, les banques continueront de facturer la prime de risque. Le crédit bon marché n'est pas pour demain.
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