Nigeria : les recettes des États bondissent de 93 %, l'éducation recule
La Banque mondiale révèle que les recettes des États nigérians ont grimpé de 93 % entre 2023 et 2025, mais que la part consacrée à l'éducation a diminué. Un paradoxe qui interroge sur les priorités budgétaires.

Les caisses des États nigérians n'ont jamais été aussi pleines. Entre 2023 et 2025, leurs recettes ont augmenté de 93 %, selon un rapport de la Banque mondiale publié cette semaine. La hausse doit beaucoup à la fin des subventions sur l'essence décidée par Abuja en mai 2023 et à la dévaluation du naira, qui gonflent mécaniquement les transferts de la Fédération. Les 36 États et le territoire de la capitale fédérale se partagent chaque mois une enveloppe alimentée par les revenus pétroliers et les taxes fédérales. Résultat : des budgets locaux qui respirent, après des années de vaches maigres.
Mais l'argent ne va pas là où on l'attendrait. La part des dépenses consacrées à l'éducation a reculé sur la même période. En clair, les États ont plus de moyens, mais ils investissent proportionnellement moins dans leurs écoles. Le phénomène n'est pas isolé : plusieurs gouverneurs ont préféré financer des routes, des stades ou renforcer leurs effectifs administratifs. Dans un pays où 20 millions d'enfants ne sont pas scolarisés, selon l'Unesco, ce choix budgétaire pèse lourd. Les enseignants du primaire, souvent payés avec retard par les autorités locales, attendent toujours des revalorisations promises.
La Banque mondiale pointe aussi la volatilité de ces recettes. Elles dépendent en grande partie du cours du pétrole et du taux de change. Un baril qui chute ou un naira qui se redresse, et les caisses se vident aussi vite qu'elles se sont remplies. Plusieurs États du nord, moins dotés en ressources propres, restent très exposés. Leurs voisins du sud, comme Lagos ou Rivers, tirent davantage de la TVA et des impôts locaux. Cet écart de structure fiscale creuse les inégalités régionales, au moment où le gouvernement fédéral pousse à une diversification des revenus.
Le débat sur l'éducation risque de s'inviter dans les prochaines campagnes électorales. Des organisations de la société civile nigériane réclament déjà que la part minimale de 26 % du budget allouée à l'éducation, recommandée par l'Unesco, soit rendue contraignante pour les États. Pour l'instant, aucun gouverneur ne s'est engagé publiquement sur ce seuil. La Banque mondiale, elle, continue de financer des programmes d'appui à l'éducation dans plusieurs États, mais prévient : sans volonté politique locale, l'argent fédéral ne suffira pas.
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