Nigeria : les patrons de Lagos réclament la fin de la dépendance au pétrole
Pour le 66e anniversaire de l'indépendance, la Chambre de commerce de Lagos presse Abuja de passer de la stabilisation à la production et à l'emploi, alors que l'économie reste accrochée au brut.

Le 1er octobre, jour de fête nationale, la Lagos Chamber of Commerce and Industry n'a pas sorti les trompettes. Elle a sorti les chiffres. Soixante-six ans après l'indépendance, l'économie nigériane tient toujours debout sur une seule jambe : le pétrole. Les experts réunis par la chambre pointent une dépendance au brut qui remonte aux années 1970, quand les pétrodollars ont fait oublier l'agriculture et l'industrie. Résultat, le pays exporte du brut et importe jusqu'à son essence raffinée, une anomalie qui coûte cher à chaque fluctuation du baril.
Le diagnostic des patrons de Lagos tient en une phrase : le Nigeria a trop longtemps géré la stabilisation au lieu de construire la production. Les programmes de soutien à la consommation, subventions sur le carburant et interventions sur le change ont absorbé des milliards de nairas sans créer un seul emploi durable. Pendant ce temps, la population active grossit de plusieurs millions de jeunes chaque année. Le décalage entre la démographie et les capacités productives devient un problème de sécurité autant qu'un problème économique.
La LCCI propose un basculement : investir dans la transformation locale, l'agroalimentaire, le textile et l'énergie. Le raffinage de Dangote, qui monte en puissance à Lekki, montre qu'une partie de la réponse peut venir du privé. Mais les entreprises se heurtent encore à un naira instable, à des taux d'intérêt à deux chiffres et à une fiscalité imprévisible. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un naira qui bouge trop vite complique chaque envoi vers Lagos ou Aba.
Le vrai test ne sera pas le prochain discours d'anniversaire. Il sera dans les chiffres du chômage des 15-24 ans, qui dépassent 40 % dans plusieurs États du Sud. Tant que le pétrole restera la colonne vertébrale du budget fédéral, chaque repli du baril se traduira par une coupe dans les investissements publics. Les experts de Lagos le disent sans détour : sans usines, sans routes et sans électricité stable, la stabilisation monétaire ne suffira pas à nourrir une population qui dépasse 220 millions d'habitants.
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