Nigeria : les industriels se tournent vers les matières premières locales
La part de matières premières locales dans la production manufacturière nigériane est passée de 51,5 % en 2021 à 57,1 % en 2024, portée par la dépréciation du naira et la hausse des coûts d'importation.

Les fabricants nigérians ont augmenté de 11 % leur recours aux matières premières locales en trois ans. La part du local dans leurs approvisionnements est passée de 51,5 % en 2021 à 57,1 % en 2024, selon les données du secteur. Une progression lente mais régulière, qui traduit un vrai changement de cap pour une industrie longtemps dépendante des intrants importés. Le mouvement a démarré avec la chute du naira et s'est installé dans les habitudes. Pour beaucoup d'usines, importer est devenu un pari trop risqué.
Le naira a perdu plus de 60 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023. Mécaniquement, les intrants importés ont renchéri dans les mêmes proportions, parfois plus avec les frais logistiques. Les industriels qui achètent du blé, du sucre brut, des produits chimiques ou des pièces détachées à l'étranger ont vu leurs coûts exploser. Beaucoup ont réduit la voilure, d'autres ont cherché des substituts locaux. C'est le cas dans l'agroalimentaire, les boissons et le textile, où le sourcing local progresse le plus vite. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car elle pèse sur les prix intérieurs et donc sur ce que les familles peuvent acheter avec les fonds reçus.
Cette tendance reste fragile. Les matières premières locales ne couvrent pas tous les besoins, loin de là. Le secteur manufacturier nigérian importe encore des machines, des intrants chimiques spécialisés et des composants électroniques qu'aucun producteur local ne fournit. La hausse du taux de sourcing local ne signifie pas autosuffisance. Elle traduit surtout une adaptation forcée à un environnement macroéconomique difficile. Les industriels qui ont franchi le pas cherchent désormais à sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement locales, quitte à investir dans des partenariats avec des coopératives agricoles ou des PME de transformation.
La question est de savoir si ce mouvement survivra à un retour de la stabilité monétaire. Si le naira se raffermit, l'arbitrage en faveur du local pourrait s'affaiblir. Mais les investissements déjà consentis — contrats, outils de transformation, formation — plaident pour un ancrage durable. Le gouvernement nigérian pousse dans ce sens avec des incitations fiscales et des crédits ciblés. Reste à voir si la production locale pourra monter en gamme et en volume pour tenir la cadence. Pour l'instant, la progression est réelle mais lente. Elle ne règle pas le problème de fond : une économie qui importe encore l'essentiel de ses équipements et de sa technologie.
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