Nigeria : les géants de la consommation accumulent 587 milliards de nairas en cash
Neuf sociétés nigérianes de biens de consommation détenaient 587 milliards de nairas en liquidités fin juin. Un trésor de guerre qui rapporte plus que la production, dans un pays où les taux d'intérêt dépassent 20 %.

Les entreprises nigérianes de biens de consommation ne se contentent plus de remplir les rayons des supermarchés. Elles gèrent aussi des montagnes de cash. Nairametrics a passé au crible neuf sociétés cotées du secteur : à fin juin, ces neuf groupes détenaient environ 587 milliards de nairas en espèces et équivalents. Soit près de 380 millions de dollars au taux actuel. Nestlé Nigeria, Unilever, Dangote Sugar ou encore Nigerian Breweries figurent parmi ces poids lourds. Une partie de cet argent dort sur des comptes rémunérés, une autre est placée en bons du Trésor. Résultat : les produits financiers pèsent de plus en plus lourd dans leurs résultats.
Le contexte explique cette ruée vers les placements. La Banque centrale du Nigeria (CBN) a maintenu son taux directeur au-dessus de 27 % pendant des mois pour juguler l'inflation. Les bons du Trésor à 364 jours offrent des rendements à deux chiffres, souvent supérieurs à 20 %. Pour un fabricant de savon ou de boissons, placer 50 milliards de nairas en titres d'État rapporte davantage que d'investir dans une nouvelle ligne de production. Le calcul est vite fait. Et il inquiète : quand les entreprises préfèrent la finance à l'industrie, l'économie réelle tourne au ralenti.
Ce phénomène n'est pas propre au Nigeria. Mais il prend ici une ampleur particulière, car le crédit bancaire reste cher et rare pour les petites entreprises. Les grands groupes, eux, ont accès aux liquidités et en profitent. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : les taux élevés au Nigeria attirent les capitaux, mais renchérissent le change pour ceux qui envoient de l'argent au pays. Les opérateurs de transfert ajustent leurs marges en conséquence.
La question est de savoir combien de temps cela durera. Si la CBN commence à baisser ses taux, comme certains analystes l'anticipent pour 2026, les rendements des placements fondront. Les entreprises devront alors réinvestir dans leurs activités ou distribuer davantage de dividendes. En attendant, elles jouent les banquiers. Un rôle qui rapporte, mais qui ne crée ni emplois ni usines.
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