Nigeria : les États fédérés appelés à piloter l'essor de l'énergie hors réseau
Alors que le ministère fédéral de l'Énergie crée un secrétariat de coordination et lance RAMCO, les experts estiment que les gouvernements des États doivent prendre la main pour accélérer les investissements hors réseau.

Le ministère fédéral de l'Énergie a annoncé la mise en place d'un secrétariat de coordination pour le secteur hors réseau, assorti du lancement de la Renewable Asset Management Company, plus connue sous le sigle RAMCO. Sur le papier, l'initiative répond à un vrai problème : le secteur de l'énergie décentralisée grandit vite, mais reste entravé par des interventions dispersées, des doublons administratifs et un manque de lisibilité pour les investisseurs. Une réaction gouvernementale classique face à un marché qui change d'échelle.
Le nœud du dossier se situe pourtant ailleurs. Au Nigeria, l'énergie est une compétence partagée entre le pouvoir fédéral et les 36 États. Or, ce sont les États qui délivrent les permis d'occupation des sols, fixent les redevances locales et arbitrent les conflits d'usage. Sans leur implication directe, les mini-réseaux solaires et les installations domestiques restent bloqués dans les procédures. Des États comme Lagos, Kaduna ou Cross River ont déjà montré la voie en simplifiant les autorisations et en signant des partenariats avec des développeurs privés. D'autres traînent, faute de capacité technique ou de volonté politique.
Les chiffres donnent la mesure de l'enjeu. Près de 85 millions de Nigérians vivent encore sans accès fiable à l'électricité, selon la Banque mondiale. Le réseau national, lui, plafonne autour de 4 000 mégawatts distribués pour une demande estimée à plus du double. Dans ce vide, les générateurs à essence et les panneaux solaires individuels se sont multipliés, mais de façon anarchique. La RAMCO doit justement permettre de structurer la gestion des actifs renouvelables, en particulier ceux financés par des bailleurs internationaux. Reste à savoir si les États joueront le jeu.
L'expérience des dernières années plaide pour un transfert réel de responsabilités. Les programmes fédéraux qui ont réussi, comme l'Electrification Project soutenu par la Banque mondiale, ont tous reposé sur des cellules techniques logées au niveau des États. L'énergie hors réseau n'est pas qu'une question de technologie ou de financement : c'est un problème de gouvernance locale. Tant que les guichets uniques resteront à Abuja, les projets continueront de s'enliser dans les sables administratifs des capitales régionales.
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