Nigeria : les États dépensent plus pour l'éducation, mais la part recule
La Banque mondiale note une hausse de 93 % des recettes réelles des 36 États entre 2023 et 2025, mais la part consacrée à l'éducation baisse de 14,9 % en 2021 à 12,1 % en 2025.

Les 36 États nigérians ont encaissé 93 % de recettes réelles en plus entre 2023 et 2025. C'est la Banque mondiale qui le dit dans un rapport publié cette semaine. En nairas constants, la manne a donc presque doublé en deux ans. La fin des subventions sur l'essence, en mai 2023, a gonflé les transferts fédéraux vers les États. Ces derniers ont aussi vu leurs recettes internes progresser, portées par une économie qui se remet doucement. Sur le papier, les caisses locales n'ont jamais été aussi pleines depuis longtemps.
Mais l'argent ne va pas partout de la même façon. La part de l'éducation dans les dépenses des États est passée de 14,9 % en 2021 à 12,1 % en 2025. En valeur absolue, les sommes allouées à l'école ont augmenté. Simplement, elles augmentent moins vite que le reste. Les dépenses d'investissement, routes, ponts, bâtiments administratifs, captent une part croissante. Les salaires des fonctionnaires, eux, grignotent aussi une portion stable. Résultat : l'éducation recule dans la hiérarchie des priorités, même si les budgets bruts grimpent.
Le paradoxe n'est pas anodin. Un État qui reçoit plus d'argent fédéral et qui consacre une part plus faible à l'école, cela signifie que d'autres postes absorbent la hausse. Les gouverneurs justifient souvent ces choix par des besoins urgents en infrastructures ou en sécurité. Mais la Banque mondiale pointe une tendance de fond : la priorité donnée à l'éducation ne suit pas mécaniquement la hausse des recettes. Dans un pays où 20 millions d'enfants ne sont pas scolarisés, selon l'UNESCO, le signal est difficile à ignorer.
Pour les ménages, l'effet est direct. Moins de dépenses publiques par élève, cela veut dire plus de frais à la charge des familles : uniformes, manuels, transports, cours particuliers. Les États les plus riches, Lagos, Rivers, Kano, peuvent compenser par des recettes internes. Les autres, plus dépendants du pétrole fédéral, ont moins de marge. La question qui monte à Abuja et dans les capitales régionales : cette embellie budgétaire va-t-elle se traduire par des salles de classe en plus, ou par des routes en plus ? Pour l'instant, les chiffres répondent d'eux-mêmes.
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