Nigeria : les banques gardent leurs taux élevés une semaine après la baisse de la CBN
La banque centrale du Nigeria a abaissé son taux directeur de 350 points de base le 22 septembre. Près d'une semaine plus tard, les banques commerciales n'ont toujours pas répercuté cette baisse sur les crédits accordés aux entreprises et aux ménages.

La décision devait soulager les emprunteurs. Le 22 septembre, le gouverneur de la Central Bank of Nigeria, Olayemi Cardoso, annonçait une réduction de 350 points de base du taux directeur, une première depuis des mois de politique restrictive. Mais dans les agences de Lagos, d'Abuja et de Kano, les conditions de crédit n'ont pas bougé. Les banques commerciales continuent d'afficher des taux d'intérêt alignés sur l'ancien régime, laissant les clients dans l'attente d'un allègement promis par la politique monétaire.
Cette inertie n'est pas une surprise pour les analystes du secteur. Les banques nigérianes ajustent rarement leurs taux de prêt au jour près. Elles prennent en compte le coût de leurs propres dépôts, la qualité de leurs portefeuilles et l'anticipation de l'inflation avant de modifier leur grille. Or, l'inflation reste élevée, autour de 24 % en glissement annuel selon les dernières données de l'agence nationale de statistiques. Dans ce contexte, les établissements préfèrent préserver leurs marges plutôt que de répercuter immédiatement la baisse. Pour les PME qui empruntent à 30 % ou plus, l'écart entre l'annonce de la CBN et la réalité du guichet reste béant.
La lenteur de la transmission monétaire pèse aussi sur les particuliers. Un salarié qui sollicite un crédit immobilier ou un commerçant qui renouvelle sa ligne de trésorerie ne verra pas sa mensualité baisser cette semaine. Les banques justifient ce décalage par des raisons techniques : renégociation des contrats, révision des comités de crédit, ajustement des modèles de risque. Mais pour beaucoup d'observateurs, cette prudence traduit surtout une méfiance persistante face à la qualité des emprunteurs dans un environnement économique encore fragile. Le secteur bancaire nigérian sort de plusieurs années de créances douteuses, et il hésite à desserrer les conditions trop vite.
La question qui monte à Abuja est simple : combien de temps faudra-t-il pour que la baisse de 350 points arrive jusqu'au client final ? La CBN a promis de surveiller la transmission. Mais sans pression supplémentaire, les banques n'ont aucun intérêt à accélérer. Les prochaines semaines diront si cette décision reste un signal politique ou si elle se traduit dans les faits. Pour l'instant, le crédit coûte toujours aussi cher au Nigeria.
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