Nigeria : le retour des subventions sur l'essence coûterait plus de 20 000 milliards de nairas par an
Le gouvernement fédéral nigérian refuse de rétablir la subvention sur l'essence. Selon le ministre des Finances, la mesure coûterait plus de 20 000 milliards de nairas par an et pousserait le naira vers 3 000 pour un dollar.

Le gouvernement nigérian a dit non. Rétablir la subvention sur l'essence, comme le réclament plusieurs syndicats et associations de la société civile, coûterait plus de 20 000 milliards de nairas chaque année. C'est le chiffre avancé par le ministre des Finances, qui a rejeté publiquement cette option lors d'une intervention à Abuja. Pour donner un ordre de grandeur, cette somme dépasse le budget fédéral 2024, qui tourne autour de 28 000 milliards de nairas. Le ministre a prévenu que si l'État revenait au prix d'avant la réforme, la pression sur les finances publiques deviendrait insoutenable.
Le scénario redouté ne s'arrête pas aux caisses de l'État. Selon le ministre, un retour aux anciens prix pourrait faire glisser le taux de change vers 3 000 nairas pour un dollar, contre environ 1 500 aujourd'hui sur le marché officiel. Et le litre d'essence grimperait à au moins 2 000 nairas, alors qu'il tourne autour de 900 à 1 000 nairas dans plusieurs stations de Lagos et d'Abuja. Autrement dit, la subvention ne ferait pas baisser les prix à la pompe : elle creuserait le déficit, alimenterait la création monétaire et accélérerait la dépréciation du naira. Un cercle vicieux que le gouvernement dit vouloir éviter à tout prix.
Depuis la fin de la subvention en mai 2023, les prix du carburant ont plus que triplé. Les transporteurs ont répercuté la hausse sur les tarifs, et l'inflation a touché de plein fouet les ménages nigérians. Mais l'argument du gouvernement reste le même : subventionner l'essence revient à payer pour les plus gros consommateurs, pas pour les plus pauvres. Les économistes qui soutiennent cette position rappellent que les subventions passées ont surtout profité aux propriétaires de véhicules et aux importateurs, pendant que les recettes publiques fondaient. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : un naira plus stable rend les envois vers le Nigeria moins imprévisibles.
Le débat n'est pas près de s'éteindre. Les syndicats promettent de nouvelles mobilisations si le gouvernement ne revient pas sur sa position, tandis que l'exécutif cherche des marges de manœuvre ailleurs : hausse de la production locale de pétrole raffiné, suppression progressive des importations d'essence, et réformes fiscales pour élargir la base imposable. La raffinerie Dangote, qui monte en puissance, pourrait à terme réduire la facture des importations. Mais en attendant, chaque naira dépensé pour subventionner l'essence est un naira qui ne va ni aux routes, ni aux hôpitaux, ni aux écoles. Le gouvernement a choisi son camp : pas de retour en arrière.
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