Aviation nigériane : Sanusi réclame plus d'investissements pour retenir les emplois
Le patron d'Aero Contractors, Ado Sanusi, appelle le gouvernement fédéral à faire de l'aviation un pilier de son agenda et à investir davantage, sous peine de voir emplois et capitaux migrer vers des destinations concurrentes.

Le directeur général d'Aero Contractors, Ado Sanusi, a profité des 67 ans de la compagnie pour lancer un avertissement au gouvernement fédéral : sans investissements supplémentaires, le Nigeria continuera de perdre ses emplois et ses capitaux dans l'aviation. Il veut que le secteur devienne une composante assumée de l'agenda Renewed Hope, le programme de politique économique de l'administration Tinubu. Aero Contractors, fondée en 1959, est l'une des plus anciennes compagnies du pays. Elle a survécu à des décennies de crises, de dettes et de changements de propriétaires. Sanusi sait de quoi il parle : son entreprise a frôlé la faillite avant d'être reprise par l'Asset Management Corporation of Nigeria en 2016.
Le problème n'est pas nouveau. Le Nigeria compte plus de 200 millions d'habitants, mais sa flotte commerciale reste minuscule. Les transporteurs locaux peinent à financer l'achat d'appareils, à cause des taux de change et des taux d'intérêt. Le Naira a perdu près de 70 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023. Résultat : un Boeing ou un Airbus coûte deux fois plus cher qu'il y a deux ans, et les pièces détachées suivent la même pente. Les compagnies qui tiennent encore debout volent avec des avions vieillissants, souvent cloués au sol faute de devises pour les réparations.
Sanusi pointe aussi la concurrence régionale. Ethiopian Airlines, Kenya Airways ou RwandAir captent une part croissante du trafic ouest-africain. Leurs hubs sont mieux financés, leurs flottes plus jeunes, leurs coûts d'exploitation plus bas. Pendant ce temps, les passagers nigérians qui vont à Londres, Dubaï ou Johannesburg transitent souvent par Addis-Abeba ou Nairobi. Chaque escale étrangère, c'est de la valeur ajoutée qui échappe à l'économie locale. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, mais aussi sur le prix des billets et la disponibilité des vols.
Le gouvernement a promis des réformes, notamment la création d'un fonds de soutien et la révision des accords bilatéraux. Mais les compagnies attendent des actes. Sanusi ne demande pas de subventions déguisées : il veut un cadre fiscal stable, un accès facilité aux devises et des infrastructures aéroportuaires fiables. Sans cela, les compagnies nigériannes continueront de perdre du terrain, et les emplois qualifiés — pilotes, mécaniciens, contrôleurs — iront grossir les rangs de concurrents mieux organisés. L'aviation nigériane a 67 ans. Elle pourrait fêter ses 70 ans avec moins de compagnies qu'aujourd'hui.
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