Nigeria : le fisc et la banque centrale s'allient contre l'inflation
Le ministère des Finances et la CBN ont signé un protocole d'accord pour coordonner leurs politiques budgétaire et monétaire. Objectif : juguler une inflation qui dépasse 30 % et stabiliser le naira.

Le ministère nigérian des Finances et la Banque centrale du Nigeria (CBN) ont paraphé un protocole d'accord. Le texte, rendu public ce week-end, vise à aligner les décisions budgétaires et monétaires sur un même calendrier. Abuja et l'institut d'émission travaillaient jusqu'ici en ordre dispersé : la CBN relevait ses taux directeurs quand le gouvernement fédéral creusait le déficit par des emprunts massifs. Résultat, l'inflation a grimpé au-delà de 30 % en glissement annuel, un plus haut depuis près de trente ans. Le naira, lui, a perdu plus de 60 % de sa valeur depuis juin 2023, date de la libéralisation du marché des changes.
Le protocole prévoit des réunions techniques mensuelles entre les deux institutions, un partage systématique des données sur la liquidité bancaire et un plafonnement des avances de la CBN au Trésor fédéral. Cette dernière mesure répond à une critique récurrente des économistes : la banque centrale finançait directement les déficits publics en imprimant de la monnaie, alimentant la spirale inflationniste. En limitant ces avances, la CBN espère reprendre la main sur la masse monétaire. Le gouverneur Olayemi Cardoso a répété que la politique monétaire ne pouvait pas, seule, vaincre l'inflation sans discipline budgétaire.
Sur le marché des changes, les opérateurs attendent des effets concrets. Le naira s'échange autour de 1 500 pour un dollar sur la plateforme officielle, contre 1 750 sur le marché parallèle. Cet écart de plus de 15 % traduit une défiance persistante. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts : chaque point de volatilité supplémentaire se répercute sur les frais et les taux appliqués aux envois vers Lagos, Cotonou ou Niamey. Les corridors FCFA-Naira, déjà parmi les plus chers de la sous-région, restent sous pression.
Reste à savoir si l'accord tiendra. Le Nigeria a déjà connu des tentatives de coordination avortées, notamment sous Goodluck Jonathan. Cette fois, les deux camps affichent une même urgence : la croissance du PIB a ralenti à 2,98 % au premier trimestre 2024, tirée vers le bas par le secteur pétrolier. Sans baisse durable de l'inflation, la CBN maintiendra son taux directeur à 26,25 %, un niveau qui étouffe le crédit aux PME. Le succès du protocole se mesurera à un seul indicateur : le recul de l'inflation sur douze mois. Les prochaines données de l'office national de la statistique, attendues en août, diront si la coordination porte ses fruits ou reste un exercice de communication.
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