Nigeria : la stabilisation macroéconomique ne soulage pas encore les industriels, selon Dele Oye
Croissance du PIB en hausse, inflation en repli, taux de change plus stable : les indicateurs s'améliorent. Mais pour Dele Oye, les industriels nigérians ne sentent toujours pas la différence.

Le Nigeria affiche de meilleurs chiffres. La croissance du produit intérieur brut repart, l'inflation ralentit, la production manufacturière progresse et le naira connaît une accalmie après des mois de turbulences. Sur le papier, la stabilisation macroéconomique est enclenchée. Dele Oye, patron des patrons nigérians, tempère pourtant : ces indicateurs ne se traduisent pas encore en confort pour l'industrie. Autrement dit, l'économie va mieux dans les tableaux statistiques que dans les ateliers et les usines.
Le décalage n'a rien d'étonnant. Les entreprises manufacturières nigérianes achètent leurs intrants en dollars, financent leur activité à des taux d'intérêt à deux chiffres et supportent des coûts énergétiques parmi les plus élevés de la région. Une inflation qui ralentit reste une inflation élevée : les prix continuent de grimper, simplement moins vite. Pour un industriel qui doit reconstituer ses stocks et honorer ses échéances bancaires, la nuance compte peu. La stabilisation du taux de change, elle, met du temps à se répercuter sur les coûts de production. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Le vrai test, c'est le crédit. Tant que les banques nigérianes prêtent à des taux prohibitifs, les industriels retardent leurs investissements et se contentent de survivre. Dele Oye pointe un enjeu de confiance : les opérateurs attendent de voir si la stabilité monétaire tient sur plusieurs trimestres avant de s'engager. Les réformes engagées par la Banque centrale du Nigeria — libéralisation du change, resserrement monétaire — ont assaini les équilibres, mais elles ont aussi renchéri le financement. L'industrie encaisse la facture avant d'en toucher les bénéfices.
La suite dépendra de la vitesse à laquelle la désinflation se transmet aux coûts réels des entreprises. Si les taux directeurs baissent et que le naira reste stable, les marges industrielles pourraient se reconstituer d'ici la fin de l'année. Dans le cas contraire, le Nigeria risque de valider une reprise sans emplois, portée par les services et le pétrole, pendant que le tissu manufacturier continue de tourner au ralenti. Les chiffres macroéconomiques ne suffiront pas à convaincre ceux qui paient les salaires et les factures d'électricité.
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