Nigeria : la production locale de médicaments progresse, mais l'importation reste reine
Le Nigeria veut fabriquer ses médicaments. Les usines sortent de terre, mais les principes actifs et les machines viennent toujours de l'étranger. La substitution des importations reste lointaine.

Le Nigeria a relancé son ambition de produire ses propres médicaments. Des usines sortent de terre à Lagos, Ogun et Kano. Le gouvernement affiche des chiffres : la production locale couvrirait désormais environ 30 % des besoins en médicaments essentiels, contre 20 % il y a cinq ans. Sur le papier, la trajectoire semble bonne. Dans les faits, les pharmacies continuent de vendre majoritairement des produits importés, et les prix des génériques locaux restent élevés pour le patient nigérian moyen.
Le problème n'est pas la volonté, mais la chaîne d'approvisionnement. Pour fabriquer un comprimé, il faut un principe actif. Celui-ci vient presque toujours de Chine ou d'Inde. Les machines qui compressent les poudres sont importées d'Europe. Même les flacons en verre et les notices imprimées arrivent souvent de l'étranger. Résultat : un médicament estampillé « Made in Nigeria » peut contenir 80 % d'intrants importés. La valeur ajoutée locale se limite au conditionnement et à la distribution. Tant que ce maillon manque, la dépendance aux devises reste entière. Et quand le Naira vacille, les coûts de production grimpent en flèche, ce qui pousse les laboratoires à augmenter leurs prix ou à réduire leurs marges.
Les autorités le savent. La Banque centrale du Nigeria a inclus les industries pharmaceutiques dans son programme d'accès préférentiel aux devises, aux côtés de l'agriculture et de l'énergie. Des incitations fiscales existent pour les fabricants qui s'approvisionnent localement. Mais les résultats tardent. Sur les 200 usines pharmaceutiques recensées dans le pays, moins d'une dizaine fabriquent leurs propres principes actifs. Les autres assemblent. Pour la diaspora ouest-africaine, cette lenteur a un coût : les médicaments importés restent chers, et les transferts d'argent vers le Nigeria servent souvent à couvrir des soins que le système local ne fournit pas encore.
La question de fond n'est pas de savoir si le Nigeria peut produire des médicaments, mais s'il peut produire les molécules qui les composent. Sans investissement massif dans la chimie fine, sans formation de techniciens spécialisés, sans énergie stable pour faire tourner les réacteurs, la substitution des importations restera un slogan. Les usines qui poussent aujourd'hui sont une première étape. La deuxième, plus coûteuse et plus lente, n'a pas encore commencé. C'est elle qui déterminera si le Nigeria soigne ses malades avec ses propres ressources ou avec celles des autres.
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