Nigeria : la fin des subventions sur l'essence n'a pas encore allégé les finances publiques
Le gouvernement nigérian affirme avoir supprimé les subventions sur l'essence, mais l'héritage financier de l'ancien régime continue de peser sur les recettes pétrolières et les marges budgétaires.

Le gouvernement nigérian martèle que les subventions sur l'essence, c'est terminé. Pourtant, les comptes publics racontent une autre histoire. Une part importante des gains pétroliers reste absorbée par les séquelles de l'ancien système : arriérés dus aux importateurs, lignes de crédit garanties par l'État, et engagements pris avant la réforme de 2023. Résultat, la marge de manœuvre budgétaire ne s'est pas vraiment élargie, malgré la hausse des prix à la pompe.
Le problème tient à un mécanisme simple. Pendant des années, la NNPC a payé la différence entre le prix réel de l'essence importée et le prix plafond fixé à la pompe. Ces paiements se sont accumulés sous forme de créances sur l'État. Aujourd'hui, même sans subvention officielle, il faut bien les rembourser. Une partie des recettes tirées de la vente du brut part donc directement dans ces trous, au lieu de financer les routes, les écoles ou la santé. Pour les opérateurs économiques, cela signifie moins de dépenses publiques injectées dans l'économie réelle.
La fin de la subvention a fait bondir les prix du carburant de plus de 200 % en un an. Les transporteurs, les commerçants et les ménages encaissent. Mais l'État, lui, ne récupère pas encore le bénéfice attendu. La raison : la production pétrolière reste fragile, le vol de brut et les sabotages d'oléoducs n'ont pas disparu, et les contrats de partage de production limitent la part qui remonte réellement au Trésor. Dans ce contexte, le change reste sous tension. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car le naira fluctue au gré des recettes pétrolières.
Tant que ces engagements hérités du passé n'auront pas été soldés, la réforme des subventions ne produira pas son effet sur les finances publiques. Le FMI estime que le service de la dette pourrait absorber plus de 50 % des recettes fédérales en 2025. Autrement dit, la fin de la subvention n'est pas une bouffée d'oxygène immédiate. C'est un chantier de plusieurs années, qui dépend autant de la discipline budgétaire que du prix du baril et de la capacité du Nigeria à produire ce qu'il promet.
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