Nigeria : la domination des banques à la Bourse de Lagos masque les faiblesses de l'économie
Les banques occupent le sommet du NGX, la Bourse nigériane. Pour les analystes, cette concentration traduit un secteur productif atone plutôt qu'une économie solide.

Les banques trustent le haut du classement à la Bourse de Lagos. Elles figurent parmi les entreprises les plus valorisées et les plus performantes du NGX, l'indice nigérian. Pour beaucoup d'analystes, ce n'est pas le signe d'une économie en pleine forme. C'est l'inverse : quand les financières écrasent la cote, c'est que le reste de l'appareil productif patine. Peu d'industries manufacturières, peu de champions technologiques, une agro-industrie encore fragile. Le marché reflète cette réalité. Il récompense ceux qui prêtent et arbitrent, pas ceux qui produisent.
Le constat n'est pas propre au Nigeria, mais il y prend une ampleur particulière. Les banques nigérianes affichent des profits records, portées par des taux d'intérêt élevés et une monnaie qui s'échange cher. La banque centrale a maintenu son taux directeur au-dessus de 27 % pour contenir l'inflation. Résultat : les marges bancaires gonflent, tandis que les entreprises du secteur réel étouffent sous le coût du crédit. Un importateur de pièces détachées à Aba ou un transformateur de manioc à Ogun paie aujourd'hui son financement deux à trois fois plus cher qu'il y a deux ans. Beaucoup renoncent à investir.
Cette structure a une conséquence directe sur les flux de capitaux. Les investisseurs étrangers qui regardent le NGX y voient un marché à deux vitesses : des banques liquides et rentables d'un côté, un tissu industriel mince de l'autre. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car un naira fort en apparence masque une économie qui dépend encore largement des importations et des envois d'argent.
Tant que le crédit restera hors de portée du producteur moyen, la Bourse de Lagos continuera de ressembler à un club de banquiers. Les autorités le savent. Reste à savoir si la politique monétaire s'assouplira assez vite pour que d'autres secteurs viennent équilibrer la cote. Pour l'instant, les indicateurs pointent dans la direction opposée : le secteur financier consolide sa part, et l'économie réelle attend toujours son tour.
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