Nigeria : la croissance revient, mais les ménages attendent toujours
Le Nigeria stabilise son économie, mais les ménages ne ressentent pas les effets. La croissance du PIB ne compense pas l'inflation et la pauvreté.

Le Nigeria a retrouvé le chemin de la croissance. Au deuxième trimestre, le PIB a progressé de 3,2 % en glissement annuel, porté par les services et l'agriculture. Mais cette reprise macroéconomique contraste avec le quotidien des Nigérians : les prix alimentaires ont grimpé de plus de 30 % sur un an, et le pouvoir d'achat s'érode à vue d'œil. La Banque centrale a beau vanter la stabilité retrouvée du naira, les ménages, eux, voient surtout des factures plus lourdes et des salaires qui ne suivent pas.
À Lagos, dans les marchés de Mile 12 ou de Balogun, les commerçants constatent la même tendance : les clients achètent moins, en plus petites quantités. Le ciment, l'essence, le riz importé : tout coûte plus cher qu'il y a un an. La suppression des subventions aux carburants, décidée en 2023, a eu un effet cascade sur les transports et les biens de première nécessité. Résultat, la pauvreté touche désormais près de 40 % de la population, selon les estimations locales. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car chaque envoi représente une part plus importante du budget familial.
Les autorités misent sur les réformes structurelles pour attirer les investissements. La raffinerie de Dangote, qui tourne à pleine capacité, réduit la dépendance aux importations de carburant. Les réserves de change se reconstituent lentement, et le FMI prévoit une croissance de 3,1 % pour 2025. Mais ces indicateurs restent lointains pour le commun des mortels. Tant que l'inflation ne retombe pas sous les 20 % et que les emplois ne se créent pas en masse, le fossé entre les chiffres officiels et la réalité des rues restera béant.
L'économie nigériane a besoin de temps pour digérer des réformes douloureuses. Mais le temps presse pour une population jeune qui réclame des emplois et des prix stables. La croissance ne sert à rien si elle ne se traduit pas par des assiettes mieux remplies et des salaires plus élevés. Le gouvernement le sait : il promet des filets sociaux et des aides ciblées. Mais pour l'instant, le pays gagne la bataille des statistiques, et perd celle des porte-monnaie.
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