Nigeria : la CBN veut transformer la stabilité du Naira en capital moins cher
Trois ans après avoir hérité d'un système monétaire miné par les liquidités excédentaires et les distorsions de change, le gouverneur Olayemi Cardoso mise sur la stabilité retrouvée pour faire baisser le coût du crédit.

Olayemi Cardoso a pris les rênes de la Banque centrale du Nigeria il y a trois ans, dans un contexte de crise monétaire profonde. Liquidités excédentaires, taux de change multiples, confiance des investisseurs en chute libre : le système était exsangue. Aujourd'hui, le gouverneur veut capitaliser sur les efforts de stabilisation. Son objectif affiché : convertir cette stabilité durement acquise en une source de financement moins onéreuse pour l'économie nigériane. Un pari qui repose sur la crédibilité retrouvée de l'institution et sur la capacité du pays à attirer des capitaux à moindre coût.
La stabilité du naira n'est pas une fin en soi. Pour Cardoso, elle doit servir de levier pour réduire les taux d'intérêt et stimuler l'investissement. Le raisonnement est simple : un change prévisible et une inflation maîtrisée incitent les prêteurs à exiger des primes de risque plus faibles. Les entreprises nigérianes, qui ont longtemps payé des taux prohibitifs, pourraient enfin respirer. Mais la route reste longue. Les cicatrices de la crise sont encore visibles, et la confiance des marchés se reconstruit lentement.
Les opérateurs économiques suivent de près cette transition. Dans les rues de Lagos, les importateurs se souviennent des semaines où le naira perdait 10 % en quelques jours, rendant toute planification impossible. La perspective de taux plus bas changerait la donne pour les PME, qui peinent à financer leur croissance. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, alors que les plateformes de change ajustent leurs marges en fonction de la volatilité. Une monnaie stable, c'est aussi des envois d'argent plus prévisibles pour les familles.
Reste à savoir si la stabilité actuelle est durable. Les réserves de change ont rebondi, mais elles restent vulnérables à une chute des prix du pétrole. La demande de devises, contenue par les mesures de la CBN, pourrait ressurgir. Cardoso le sait : la crédibilité se gagne sur la durée. Transformer la stabilité en capital bon marché exige plus que des taux directeurs bien calibrés. Il faudra convaincre les investisseurs que le Nigeria a tourné la page des distorsions monétaires. Le gouverneur a trois ans pour le prouver.
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