Le Nigeria bascule dans le rouge sur le commerce agricole : de 740 milliards de surplus à 56 milliards de déficit
Le solde commercial agricole du Nigeria est passé d'un excédent de 740,27 milliards de nairas au premier semestre 2025 à un déficit de 56,13 milliards au premier semestre 2026, sous l'effet d'une chute des exportations.

Le Nigeria a perdu sa position de force sur le front agricole. Au premier semestre 2026, le pays a enregistré un déficit commercial de 56,13 milliards de nairas sur les produits agricoles, selon les données officielles. Un an plus tôt, à la même période, le solde affichait encore un excédent de 740,27 milliards de nairas. Le retournement est brutal : près de 800 milliards de nairas de surplus envolés en douze mois. Les exportations ont chuté pendant que les importations maintenaient leur niveau, creusant mécaniquement l'écart.
Cette dégradation ne sort pas de nulle part. Le cacao, le sésame, la noix de cajou et le gingembre — les quatre piliers des exportations agricoles nigérianes — ont tous subi des pressions : prix mondiaux instables, coûts logistiques en hausse, insécurité dans les zones de production. Les acheteurs asiatiques et européens se tournent vers d'autres fournisseurs. Dans le même temps, le Nigeria continue d'importer du blé, du sucre brut et de l'huile de palme pour couvrir une demande intérieure que la production locale ne satisfait pas. La facture en devises reste lourde, surtout avec un naira qui a perdu du terrain face au dollar. Pour les opérateurs qui commercent avec la sous-région, cette volatilité change la donne sur le coût des transferts.
Le paradoxe saute aux yeux. Le gouvernement fédéral répète depuis des années que l'agriculture doit devenir le nouveau pétrole. Mais les chiffres du premier semestre 2026 racontent une autre histoire : un pays qui exporte moins et importe autant. Les programmes de soutien aux agriculteurs, les crédits à taux réduit, les zones de transformation agroalimentaire — tout cela n'a pas encore produit l'effet d'échelle attendu. La production reste fragmentée, dépendante d'une paysannerie vieillissante et de techniques peu intensives. Pendant ce temps, la population continue de croître et de manger.
La question qui compte pour les six prochains mois n'est pas de savoir si le Nigeria peut redevenir excédentaire, mais à quelle vitesse il peut stabiliser la pente. Un déficit de 56 milliards de nairas reste modeste à l'échelle du PIB. Mais la trajectoire, elle, inquiète : si les exportations ne reprennent pas et que les importations grimpent encore, le trou pourrait se creuser. Les regards se tournent vers la prochaine saison des récoltes et vers la capacité des autorités à sécuriser les corridors d'exportation. Sans quoi le pays risque de financer son assiette avec des devises qu'il gagne de moins en moins.
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