Nigeria : des subventions agricoles sans effet sur le prix des aliments
Malgré des récoltes record et des subventions massives aux agriculteurs, des millions de Nigérians ne peuvent toujours pas se payer trois repas par jour. La faute à des circuits de distribution défaillants et à une inflation qui ronge le pouvoir d'achat.

Le Nigeria a injecté des milliards de nairas dans des programmes de subventions agricoles ces dernières années. Engrais, semences améliorées, crédits à taux préférentiels : les autorités ont voulu booster la production. Les chiffres officiels parlent d'une hausse des rendements pour le riz, le maïs ou le manioc. Pourtant, dans les marchés de Lagos ou de Kano, les prix des denrées de base ne baissent pas. Pire, ils continuent de grimper. Une situation paradoxale qui interroge l'efficacité réelle de ces aides.
Le problème ne se situe pas au niveau de la ferme, mais après. Les routes rurales restent dans un état déplorable, les camions de transport sont vétustes, et les intermédiaires se multiplient entre le producteur et l'étal du marché. Chaque étape ajoute des coûts. À cela s'ajoutent l'insécurité dans les zones agricoles, qui décourage les investissements, et une inflation monétaire qui érode le pouvoir d'achat des consommateurs. Les subventions ont soutenu les revenus de certains agriculteurs, mais elles n'ont pas cassé la spirale des prix à la consommation.
Pour les ménages, l'équation est simple : le salaire minimum n'a pas suivi la hausse des prix. Une famille de quatre personnes à Ibadan doit débourser aujourd'hui près de 30 000 nairas par semaine pour se nourrir correctement, contre 15 000 il y a deux ans. Les classes moyennes se rabattent sur des aliments moins nutritifs, tandis que les plus pauvres sautent des repas. Le gouvernement promet de développer les chaînes de valeur et de construire des infrastructures de stockage, mais les résultats tardent. En attendant, les importations alimentaires pèsent sur les réserves de devises et affaiblissent le naira, un cercle vicieux qui rend les produits importés encore plus chers.
La leçon est claire : subventionner la production ne suffit pas si le marché ne fonctionne pas. Sans logistique performante, sans sécurité et sans politique monétaire cohérente, les récoltes abondantes ne se traduisent pas dans les assiettes. Le Nigeria doit s'attaquer à ces goulots d'étranglement s'il veut que sa croissance agricole profite réellement aux citoyens. Pour l'instant, les subventions ont surtout aidé ceux qui n'avaient pas besoin d'aide, pendant que les plus vulnérables continuent de compter chaque naira.
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