NGX : Popoola veut mobiliser l'épargne africaine pour financer les marchés du continent
Le patron du Nigerian Exchange Group, Temi Popoola, appelle à connecter les réserves de capitaux africains pour financer les infrastructures et les entreprises du continent, plutôt que de dépendre des investisseurs étrangers.

Temi Popoola ne mâche pas ses mots. Le directeur général du Nigerian Exchange Group (NGX) estime que les marchés de capitaux africains doivent cesser de tendre la main aux investisseurs étrangers et puiser dans les réserves du continent. Il l'a répété lors d'une prise de parole à Lagos : les fonds de pension nigérians, kényans ou sud-africains gèrent des milliards de dollars, mais cet argent circule mal d'un pays à l'autre. Les barrières réglementaires, les devises non convertibles et le manque d'instruments financiers adaptés freinent les flux. Résultat : les entreprises africaines se financent cher, souvent auprès de banques locales ou de bailleurs internationaux.
Popoola veut changer la donne. Son idée : créer des passerelles entre les Bourses du continent pour que les capitaux circulent plus librement. Le NGX a déjà signé des accords avec des places comme Johannesburg ou Casablanca. Mais le chemin est long. Les investisseurs institutionnels africains préfèrent souvent les obligations d'État de leur propre pays, jugées moins risquées. Et les monnaies locales, volatiles, découragent les placements transfrontaliers. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car une meilleure intégration des marchés pourrait réduire les frais de change et faciliter les investissements depuis l'étranger.
Le contexte s'y prête pourtant. Les taux d'intérêt élevés au Nigeria et au Ghana attirent les capitaux, mais ils pénalisent les entreprises. Popoola plaide pour des produits financiers adaptés : obligations d'infrastructure, fonds cotés panafricains, mécanismes de couverture du risque de change. La Bourse de Lagos, première capitalisation du continent avec près de 60 milliards de dollars, veut jouer un rôle moteur. Elle a lancé des dérivés sur devises et travaille sur des indices régionaux. Mais sans harmonisation des règles comptables et des systèmes de règlement-livraison, les investisseurs hésitent encore.
L'enjeu dépasse la finance. Les infrastructures africaines ont besoin de 130 à 170 milliards de dollars par an, selon la Banque africaine de développement. Les États ne peuvent pas tout porter. Mobiliser l'épargne locale, notamment les fonds de pension, reste la seule voie durable. Popoola en fait son cheval de bataille. Reste à convaincre les régulateurs et les gouvernements de desserrer les contrôles de capitaux. Sans cela, les capitaux africains continueront de dormir dans les banques locales ou de s'exiler vers les places occidentales.
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