Cacao : plus de la moitié des producteurs nigérians exclus du marché européen
Selon des experts, plus de la moitié des 300 000 producteurs de cacao nigérians, majoritairement de petits exploitants, ne pourront pas satisfaire aux exigences du règlement européen contre la déforestation (EUDR), applicable dès la fin de l'année. Cette situation risque de renchérir le coût du chocolat en Europe.
La filière cacao nigériane retient son souffle. Selon des experts, plus de la moitié des 300 000 producteurs du pays, essentiellement des petits exploitants, ne répondront pas aux critères du règlement européen contre la déforestation (EUDR). Ce texte, qui entre en vigueur fin décembre, interdit l'importation de matières premières issues de terres déboisées après 2020. Or, au Nigeria, la traçabilité des fèves reste embryonnaire. Beaucoup de coopératives n'ont ni cartographie précise de leurs parcelles, ni système de géolocalisation fiable. Les experts estiment qu'à peine 40 % des exploitations pourront fournir les données exigées.
Cette impasse pèse déjà sur les prix. Les chocolatiers européens, qui s'approvisionnent à 70 % en Afrique de l'Ouest, anticipent une réduction de l'offre nigériane sur le marché européen. Résultat : les contrats à terme sur le cacao à Londres ont grimpé de 12 % en trois mois. Pour les producteurs locaux, l'enjeu est double : perdre l'accès à l'UE, leur premier débouché, ou investir dans des outils de traçabilité coûteux. Certaines coopératives de l'État d'Ondo, première région productrice, ont déjà entamé des relevés GPS, mais le financement manque. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les revenus du cacao soutiennent une partie de l'économie locale.
Le gouvernement nigérian tente de négocier un délai, mais Bruxelles reste ferme. En attendant, les exportateurs se tournent vers des marchés moins regardants, comme l'Asie ou la Russie. Une réorientation qui pourrait à terme réduire la pression sur les prix mondiaux, mais qui fragilise la position du Nigeria, deuxième producteur africain derrière la Côte d'Ivoire. Les experts prédisent une consolidation du secteur : les petits planteurs, incapables de s'adapter, pourraient être absorbés par de grands groupes. Une restructuration douloureuse, mais peut-être inévitable pour sauver la filière.
L'Europe, de son côté, devra s'attendre à des factures plus salées. Le cacao certifié EUDR, plus rare, se négocie déjà avec une prime de 15 % par rapport au standard. Les fabricants de chocolat pourraient répercuter cette hausse sur les prix en rayon. Dans les supermarchés de Paris ou de Berlin, la tablette de chocolat noir pourrait ainsi augmenter de 20 à 30 centimes d'ici 2026. Une conséquence directe d'une réglementation environnementale pensée à Bruxelles, mais dont les effets se font sentir jusque dans les plantations de l'État d'Ondo.
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