Moove quitte le Nigeria et cède 35 milliards de nairas de véhicules à ses chauffeurs
La société de mobilité Moove, fondée à Lagos en 2020, met fin à ses opérations au Nigeria. Elle transfère à ses chauffeurs un parc automobile valorisé à 35 milliards de nairas.

Moove plie bagage. Six ans après son lancement à Lagos, l'entreprise de mobilité fondée par Jide Odunsi annonce la fin de ses opérations au Nigeria. La société, qui louait des véhicules à des chauffeurs de VTC, a décidé de céder son parc automobile à ses conducteurs. La valeur totale des voitures concernées atteint 35 milliards de nairas, soit environ 23 millions de dollars au taux officiel. Une sortie qui intervient dans un contexte économique difficile pour les acteurs de la mobilité urbaine nigériane.
Le modèle de Moove reposait sur la location de véhicules avec option d'achat pour des chauffeurs souvent exclus du crédit bancaire classique. L'entreprise a levé plus de 300 millions de dollars depuis sa création, attirant des investisseurs comme Uber et Mubadala. Mais la flambée du prix du carburant après la fin des subventions en 2023, conjuguée à l'inflation et à la dépréciation du naira, a rendu l'équation intenable. Les chauffeurs peinaient à honorer leurs mensualités, et Moove a choisi de transformer la dette en propriété. Chaque conducteur devient propriétaire de son véhicule, une manière de limiter les pertes tout en préservant une base sociale.
Cette décision illustre les difficultés des entreprises de mobilité en Afrique de l'Ouest. Le coût du carburant a plus que triplé en deux ans, et les revenus des chauffeurs n'ont pas suivi. Pour les opérateurs de transferts d'argent, la donne change aussi : les flux liés aux activités de Moove, salaires et paiements de loyers, disparaissent du circuit formel. La diaspora nigériane qui soutenait des proches via ces emplois devra composer avec cette nouvelle réalité. Des plateformes comme SendXOF suivent ces mouvements pour ajuster leurs taux en temps réel.
Moove n'abandonne pas l'Afrique pour autant. La société dit vouloir concentrer ses efforts sur d'autres marchés où la rentabilité est plus rapide, notamment en Inde et au Moyen-Orient. Au Nigeria, le transfert de propriété des véhicules devrait permettre à des milliers de chauffeurs de continuer à travailler à leur compte. Mais pour l'écosystème local, c'est un signal : les modèles de mobilité subventionnés par le capital-risque résistent mal aux chocs macroéconomiques. Les prochains mois diront si d'autres acteurs suivent le même chemin.
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