Afrique : la cession d'actifs publics, un levier à manier avec prudence
Face à des finances publiques sous tension, plusieurs pays africains envisagent de céder des infrastructures existantes à des opérateurs privés pour financer de nouveaux projets. Une pratique qui séduit, mais qui exige des garde-fous solides pour ne pas hypothéquer l'avenir.
Les caisses publiques sont vides, les taux d'emprunt flambent, et les besoins en routes, ports ou centrales électriques restent immenses. Dans ce contexte, l'asset recycling – la cession d'infrastructures déjà en service à des investisseurs privés – fait figure de solution miracle. Lagos, Nairobi ou Accra y voient un moyen de récupérer rapidement de l'argent frais, sans attendre les lenteurs budgétaires.
Mais le diable se cache dans les détails. Céder un aéroport ou un barrage, c'est aussi en confier la gestion à des opérateurs dont la priorité sera le rendement. Les exemples ne manquent pas : des péages autoroutiers devenus hors de prix, des services publics dégradés après une privatisation mal préparée. Les citoyens, eux, redoutent de payer plus pour des services de moins bonne qualité.
Pour que l'opération profite à tous, les gouvernements doivent imposer un cadre réglementaire strict. Des clauses de performance, des mécanismes de suivi des tarifs, des obligations de maintenance : autant d'outils qui peuvent rassurer les usagers et attirer des investisseurs sérieux. Sans cela, la défiance s'installe et les projets échouent, comme on l'a vu par le passé dans plusieurs pays du continent.
L'asset recycling n'est pas une baguette magique. C'est un outil de gestion patrimoniale qui demande de la transparence et de la rigueur. Les fonds récoltés doivent financer de nouvelles infrastructures productives, pas boucher des trous budgétaires. Si les conditions sont réunies, cette pratique peut débloquer des milliards pour le développement. Sinon, elle ne fera qu'accroître les inégalités et la méfiance.
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