Les réserves de change du Nigeria franchissent 55 milliards de dollars, plus haut depuis 18 ans
Le gouverneur de la banque centrale, Olayemi Cardoso, annonce des réserves de change au-delà de 55 milliards de dollars, un niveau inédit depuis plus de dix-huit ans, porté par la hausse des cours du pétrole et les réformes du marché des changes.

Le Nigeria n'avait pas vu ça depuis 2007. Les réserves de change du pays ont franchi la barre des 55 milliards de dollars, a annoncé le gouverneur de la Central Bank of Nigeria, Olayemi Cardoso. Le chiffre marque un plus haut de plus de dix-huit ans. Pour un pays qui a passé des années à puiser dans ses réserves pour défendre le naira, le basculement est net. La hausse vient surtout des recettes pétrolières, dopées par des cours élevés, et d'un afflux de devises étrangères depuis que la banque centrale a laissé le naira se négocier plus librement.
Cette accumulation change la marge de manœuvre d'Abuja. Avec plus de 55 milliards de dollars sous la main, la CBN peut intervenir sur le marché des changes sans vider ses coffres en quelques semaines, comme cela a failli arriver en 2023. L'institution a déjà commencé à payer les arriérés de devises que les entreprises attendaient depuis des mois, ce qui a débloqué des importations bloquées. Les investisseurs étrangers, eux, regardent ce coussin comme un signal de stabilité. Sur le marché parallèle, le naira reste toutefois sous pression, autour de 1 460 pour un dollar, contre environ 1 350 sur le marché officiel — un écart qui n'a pas disparu. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts.
Reste à savoir si le mouvement tient. Les réserves du Nigeria dépendent largement du pétrole, dont les cours peuvent chuter aussi vite qu'ils ont grimpé. La production nationale, elle, stagne autour de 1,3 million de barils par jour, loin des 2 millions d'il y a dix ans, à cause du vol de brut et du sous-investissement. Une baisse des prix ou un choc sécuritaire dans le delta suffirait à renverser la tendance. La CBN le sait : elle a maintenu un discours prudent sur la suite, sans promettre que la barre des 55 milliards sera durablement franchie.
Pour l'instant, le Nigeria respire. Les réserves reconstituées donnent au pays de quoi absorber un choc extérieur sans céder à la panique monétaire. Mais la vraie question n'est pas le niveau atteint, c'est ce qu'Abuja en fait. Si les devises servent à financer des importations essentielles et à stabiliser le naira, l'effet se fera sentir dans les prix. Si elles dorment dans les comptes de la banque centrale, le quotidien des Nigérians ne changera pas. Le prochain trimestre dira lequel des deux scénarios l'emporte.
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