Les PDG africains misent sur l'IA malgré un déficit de préparation
KPMG a interrogé 176 dirigeants africains : ils veulent investir dans l'intelligence artificielle, mais leurs entreprises ne sont pas prêtes à l'adopter, faute de compétences et de gouvernance.

KPMG a publié mardi les résultats d'une enquête menée auprès de 176 PDG à travers l'Afrique, du nord au sud et d'est en ouest. L'étude, intégrée à un sondage mondial couvrant 1 400 dirigeants, révèle un paradoxe : la majorité des patrons africains placent l'intelligence artificielle en tête de leurs priorités d'investissement, alors même qu'ils reconnaissent ne pas disposer des infrastructures ni des compétences nécessaires pour la déployer à grande échelle. En clair, l'enthousiasme est là, mais les fondations manquent.
Le fossé est particulièrement marqué dans les secteurs bancaire et télécoms, où les dirigeants voient dans l'IA un levier de réduction des coûts et d'amélioration du service client. Pourtant, moins d'un tiers des entreprises interrogées disposent d'une stratégie formalisée en la matière. La pénurie de data scientists et d'ingénieurs spécialisés reste le premier frein cité, devant l'instabilité de l'alimentation électrique et le coût des infrastructures cloud. Certains PDG évoquent aussi une gouvernance des données encore balbutiante, ce qui expose leurs groupes à des risques réglementaires.
Cette frénésie d'investissement n'est pas sans conséquence sur les marchés. Les fournisseurs de solutions d'IA, les cabinets de conseil et les opérateurs de centres de données enregistrent une demande croissante. Pour les entreprises ouest-africaines, la question du financement de cette transition technologique se pose avec acuité, surtout dans un contexte de resserrement monétaire. Des plateformes numériques comme SendXOF, qui opèrent sur les transferts entre le FCFA et le Naira, illustrent comment l'innovation locale peut répondre à des besoins concrets sans attendre des investissements massifs dans l'IA générative.
Les conclusions de KPMG dessinent une Afrique des affaires ambitieuse mais encore fragile sur le plan technologique. Les PDG interrogés comptent sur des partenariats avec des acteurs mondiaux pour combler leur retard, mais la formation des talents locaux reste la priorité des priorités. Sans un socle de compétences solides, les investissements dans l'IA risquent de produire des prototypes sans lendemain plutôt que des transformations durables. La balle est désormais dans le camp des États et des universités, appelés à aligner leurs programmes sur les besoins exprimés par le secteur privé.
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