Les armateurs nigérians pressent Dangote de sous-traiter à la flotte locale
Les armateurs indigènes réclament des contrats longs à Dangote Group pour transporter pétrole et marchandises. Ils dénoncent un manque de soutien au pavillon national.

Les armateurs nigérians haussent le ton. Réunis sous la bannière de leur association, ils ont publiquement demandé à Dangote Group de confier le transport de ses cargaisons pétrolières et commerciales à des navires battant pavillon nigérian. Le message est simple : la raffinerie de Lekki et les autres unités du groupe brassent des volumes considérables, mais la flotte locale n'en profite presque pas. Les contrats vont à des armateurs étrangers, souvent asiatiques ou européens, alors que les opérateurs nigérians disent disposer de navires et d'équipages prêts à travailler.
Le nœud du problème n'est pas technique, il est financier. Un armateur nigérian qui veut acheter un pétrolier ou un vraquier doit lever des devises fortes, rembourser un crédit en dollars et supporter des taux d'intérêt locaux à deux chiffres. Sans contrat long — cinq, sept, dix ans — aucune banque ne suit. Les armateurs demandent donc à Dangote de leur garantir des volumes sur la durée, ce qui leur permettrait de boucler leurs financements. Une manière de sortir de l'impasse pour un secteur qui emploie des milliers de marins et de dockers.
La pression monte d'autant que le gouvernement nigérian pousse depuis des années pour que le fret généré par le pays soit transporté par des compagnies locales. Des lois existent, mais leur application reste molle. Dangote, de son côté, n'a pas encore répondu publiquement. Le groupe a bâti sa réputation sur la production locale — ciment, sucre, engrais, raffinage — et les armateurs lui renvoient l'argument : si vous croyez au made in Nigeria, faites-le aussi pour vos navires. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car le fret maritime pèse directement sur le prix des marchandises importées et exportées.
Un accord avec la flotte locale ne règlerait pas tout. Il faudrait aussi moderniser les chantiers navals, former des officiers et sécuriser les eaux du golfe de Guinée, où les attaques de pirates ont longtemps fait fuir les assureurs. Mais un signal de Dangote changerait la donne. Les armateurs nigérians ne demandent pas la charité : ils veulent des contrats, pas des subventions. Si le groupe accepte, il ouvre un marché intérieur qui stagne depuis vingt ans. S'il refuse, il devra expliquer pourquoi le plus grand industriel du pays préfère affréter des navires étrangers pour transporter le pétrole nigérian.
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