Le tilapia fumé nigérian bloqué aux États-Unis : la WAS réclame une action diplomatique
La World Aquaculture Society presse Abuja d'intervenir auprès de Washington pour lever l'interdiction qui frappe le poisson-chat fumé nigérian depuis des années, un manque à gagner pour les exportateurs.

Le poisson-chat fumé du Nigeria reste interdit d'entrée sur le marché américain, et la World Aquaculture Society ne compte plus attendre. L'organisation internationale, qui regroupe chercheurs et professionnels du secteur, demande au gouvernement nigérian d'ouvrir un canal diplomatique avec Washington pour débloquer ce dossier qui traîne depuis plusieurs années. En jeu : un débouché commercial que les transformateurs locaux n'ont jamais pu exploiter pleinement, alors que la demande en produits fumés d'origine africaine grimpe dans les communautés immigrées aux États-Unis.
Le blocage tient à des exigences sanitaires américaines que le Nigeria n'a pas encore satisfaites. La Food and Drug Administration impose des protocoles de contrôle sur les contaminants, notamment les hydrocarbures aromatiques polycycliques issus du fumage traditionnel au bois. Les autorités nigérianes ont multiplié les promesses de mise à niveau des unités de transformation, mais les inspections restent rares et les certifications, quasi inexistantes. Résultat : le produit part vers d'autres marchés, moins exigeants mais aussi moins rémunérateurs, comme le Ghana ou le Royaume-Uni.
La filière piscicole nigériane pèse pourtant lourd. Le pays produit environ 300 000 tonnes de poisson-chat par an, selon les estimations du secteur, et le fumage artisanal fait vivre des milliers de familles dans les États du Sud, à Lagos, Delta ou Rivers. Une ouverture du marché américain changerait l'échelle pour ces opérateurs, qui travaillent aujourd'hui avec des marges serrées et une chaîne du froid souvent défaillante. La WAS insiste sur un point : sans appui politique au plus haut niveau, les efforts techniques des producteurs resteront lettre morte.
D'autres pays africains ont déjà franchi le cap. Le Sénégal et la Côte d'Ivoire exportent du poisson fumé vers les États-Unis depuis plusieurs années, après avoir aligné leurs normes sur les exigences de la FDA. Le Nigeria, premier producteur du continent, reste à la traîne. La demande de la WAS intervient dans un contexte où Abuja cherche à diversifier ses recettes d'exportation hors pétrole. Le poisson-chat fumé pourrait en être un pilier, à condition que la diplomatie rattrape le retard pris par les laboratoires et les usines de transformation.
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