Le pois d'Angole sort de l'ombre et devient un vrai business agricole
Longtemps cantonnée à la consommation familiale, cette légumineuse attire désormais investisseurs et transformateurs. L'Afrique veut en faire une filière rentable, à l'image du soja ou du maïs.

Le pois d'Angole a nourri des générations de familles africaines sans jamais figurer dans les statistiques du commerce agricole. On le cultivait pour soi, rarement pour vendre. Les investissements, la recherche et les usines se sont concentrés sur le maïs, le soja ou le cacao, laissant cette légumineuse aux marges. Ce temps est en train de changer. Des acteurs de l'agroalimentaire regardent aujourd'hui le pois d'Angole comme une matière première à fort potentiel, portée par la demande en protéines végétales et en aliments transformés.
La plante a des arguments solides. Elle résiste à la sécheresse, fixe l'azote dans les sols et pousse là où d'autres cultures échouent. Au Nigeria, premier producteur mondial, et dans plusieurs pays du Sahel, des coopératives commencent à structurer l'offre. Des transformateurs broient la graine en farine, en huile ou en isolats protéiques pour l'alimentation humaine et animale. Le marché mondial du pois d'Angole pourrait peser plusieurs milliards de dollars d'ici 2030, selon les projections du secteur.
Reste à financer la chaîne. Les petits producteurs manquent de semences améliorées, de stockage et de débouchés stables. Les banques hésitent encore à prêter sur une culture dont les prix varient fortement d'une saison à l'autre. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les revenus agricoles supplémentaires alimentent directement les envois d'argent vers les villages.
L'essor du pois d'Angole ne se fera pas en un jour. Il faudra des années pour convaincre les industriels de remplacer une partie du soja importé, et plus encore pour installer des usines de transformation locales. Mais la dynamique est lancée. Les légumineuses oubliées reviennent sur la table, portées par une demande mondiale qui ne faiblit pas. L'Afrique a une carte à jouer, à condition de ne pas laisser filer la valeur ajoutée hors du continent.
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