Le patron de la NGX mise sur l'épargne africaine pour financer les entreprises du continent
Temi Popoola, directeur général du Nigerian Exchange Group, estime que les capitaux africains eux-mêmes doivent financer la croissance des entreprises du continent, plutôt que de compter sur les investisseurs étrangers.

Temi Popoola ne croit pas à la dépendance. Le directeur général du Nigerian Exchange Group, qui pilote la Bourse de Lagos et ses filiales, a déclaré cette semaine que le prochain relais de croissance des marchés de capitaux africains viendra d'abord de l'argent déjà présent sur le continent. Pas des fonds occidentaux en quête de rendement, ni des institutionnels de Wall Street. Des pensions de retraite nigériannes, des assurances kényanes, des fonds souverains marocains, des épargnants sud-africains. Une masse financière qui dort encore largement dans des dépôts bancaires ou des bons du Trésor, faute de véhicules adaptés pour la diriger vers les entreprises.
Le raisonnement tient en une phrase : l'infrastructure de marché existe désormais. La NGX a modernisé ses systèmes de cotation, les dépositaires centraux communiquent entre eux, les liens régionaux se tissent via des accords entre Bourses. Ce qui manque, c'est le flux. Popoola pointe un paradoxe : l'Afrique épargne beaucoup, mais investit peu chez elle. Les capitaux sortent vers Londres ou New York, faute de produits locaux suffisamment liquides et lisibles. Résultat, les entreprises du continent vont chercher des financements ailleurs, souvent plus chers et plus lents.
Pour les opérateurs de change et de transfert, cette évolution compte. Si les capitaux africains circulent davantage à l'intérieur du continent — de Lagos vers Accra, d'Abidjan vers Dakar — les besoins en conversion de devises augmentent mécaniquement. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Les plateformes qui affichent des taux en temps réel, comme SendXOF, s'inscrivent dans ce mouvement de circulation plus fluide entre le FCFA et le Naira. Mais l'essentiel reste ailleurs : sans réformes des changes et sans harmonisation des règles de cotation entre pays, les capitaux resteront coincés dans leurs frontières.
Popoola ne promet pas de miracle. Il décrit une trajectoire : celle d'un marché africain qui se finance lui-même, à mesure que les investisseurs institutionnels locaux gagnent en maturité et que les entreprises acceptent de s'ouvrir au capital plutôt que de tout emprunter aux banques. La Bourse de Lagos, première capitalisation du continent avec près de 70 milliards de dollars, sert de laboratoire. Si le modèle prend, il essaimera. Sinon, l'Afrique continuera d'exporter son épargne et d'importer des investissements à hauts frais.
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