Le Nigeria veut retenir ses devises en produisant localement l'aviation de demain
Festus Keyamo, ministre de l'Aviation, appelle les entreprises nigériannes à investir dans la maintenance, les drones et le carburant durable pour réduire les sorties de devises liées aux services aéronautiques importés.

Le Nigeria dépense chaque année des sommes considérables en devises pour importer des services aéronautiques : maintenance d'appareils, pièces détachées, logiciels de gestion du trafic, formation de pilotes. Festus Keyamo, ministre de l'Aviation et du Développement aérospatial, veut inverser la tendance. Il a appelé les opérateurs privés nigérians à investir dans quatre segments précis : la maintenance lourde des aéronefs, la fabrication de drones, les carburants d'aviation durables (SAF) et les technologies embarquées. L'objectif affiché : que l'argent qui sort aujourd'hui en dollars reste dans l'économie locale, sous forme de salaires, d'équipements et d'impôts.
Le raisonnement tient en une équation simple. Chaque fois qu'une compagnie nigériane envoie un Boeing ou un Airbus se faire réviser à l'étranger, elle paie en devises. Chaque fois qu'elle achète un drone de surveillance importé, même chose. Keyamo estime qu'une partie de ces flux pourrait être captée localement si des entreprises nigérianes montent en compétence. Le ministère évoque des partenariats avec des constructeurs étrangers pour transférer la technologie, mais aussi la création de zones franches dédiées à l'aéronautique près des grands aéroports, Lagos et Abuja en tête.
Le contexte monétaire rend l'enjeu plus pressant. Le Naira a perdu près de 70 % de sa valeur face au dollar depuis juin 2023, quand la banque centrale a libéré le taux de change. Résultat : tout ce qui s'importe coûte mécaniquement plus cher, et l'aviation est l'un des secteurs les plus dépendants des achats en dollars. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les opérateurs ajustent leurs marges en fonction de la volatilité du Naira. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, mais la vraie solution reste de réduire la facture en devises du pays.
Reste à savoir si les investisseurs suivront. Le secteur aéronautique exige des capitaux lourds et des délais longs. Les banques nigérianes, déjà exposées aux prêts non performants, hésitent à financer des projets industriels risqués. Keyamo mise sur des incitations fiscales et des garanties publiques pour rassurer. Sans cela, l'annonce restera un vœu pieux. Le Nigeria a déjà tenté de développer une maintenance locale par le passé, sans succès durable. Cette fois, la pression sur les réserves de change pourrait forcer la main des opérateurs.
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