Le Nigeria sollicite sa diaspora pour financer la réforme de l'éducation
Le ministre de l'Éducation Tunji Alausa appelle les Nigérians de l'étranger à soutenir les réformes du secteur par la recherche et le transfert de technologies, alors que le pays compte plus de 20 millions d'élèves non scolarisés.

Le ministre de l'Éducation, Tunji Alausa, a lancé un appel direct aux Nigérians établis à l'étranger. Il leur demande de contribuer aux réformes en cours dans le système éducatif nigérian, en apportant leur expertise en recherche et en transfert de technologies. L'annonce a été relayée par le quotidien Punch ce week-end. Le Nigeria fait face à une crise éducative profonde : plus de 20 millions d'enfants en âge d'être scolarisés ne le sont pas, selon les chiffres de l'UNESCO. Les infrastructures scolaires sont vétustes, les enseignants sous-payés et les programmes déconnectés des besoins du marché du travail. Alausa mise sur les compétences de la diaspora, forte de plusieurs millions de personnes, pour combler ces lacunes.
La diaspora nigériane envoie chaque année plus de 20 milliards de dollars au pays, selon la Banque mondiale. Ces fonds représentent une bouée de sauvetage pour des millions de familles et soutiennent la consommation intérieure. Mais le ministre veut aller au-delà des transferts d'argent : il s'agit de mobiliser les cerveaux, pas seulement les portefeuilles. Médecins, ingénieurs, informaticiens et universitaires nigérians installés aux États-Unis, au Royaume-Uni ou au Canada pourraient contribuer à distance, via des programmes de mentorat, des cours en ligne ou des partenariats entre universités. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, car les plateformes numériques répercutent en temps réel les taux de change qui déterminent combien d'argent arrive réellement à destination.
Le défi reste immense. Le budget fédéral de l'éducation représente moins de 8 % des dépenses totales, loin des 15 à 20 % recommandés par l'UNESCO. Les syndicats enseignants réclament depuis des années de meilleurs salaires et des conditions de travail décentes. Sans financement pérenne, les appels à la diaspora risquent de rester lettre morte. D'autant que la confiance est fragile : beaucoup de Nigérians de l'étranger hésitent à investir dans des projets publics, craignant la corruption et le manque de transparence. Alausa devra convaincre que les fonds seront bien utilisés.
D'autres pays africains ont tenté l'approche. Le Rwanda a créé un fonds dédié pour canaliser les contributions de sa diaspora vers l'éducation et la santé. Le Ghana a lancé des programmes similaires avec des résultats mitigés. Le Nigeria, avec sa diaspora plus large et plus riche, a un potentiel supérieur. Mais la réussite dépendra de la capacité du gouvernement à offrir des garanties crédibles et à mesurer les résultats. Pour l'instant, l'appel du ministre reste une intention. Les actes suivront-ils ?
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