Le Nigeria réclame deux sièges permanents pour l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU
Le Nigeria demande au moins deux sièges permanents pour l'Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies, avec droit de veto tant que ce privilège existera. Une revendication portée par Abuja à l'heure où la réforme du Conseil reste bloquée.

Le Nigeria monte au créneau. Abuja réclame au moins deux sièges permanents pour l'Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies, avec droit de veto tant que ce privilège subsistera. La demande a été formulée publiquement, sans détour, alors que la réforme de l'organe exécutif de l'ONU traîne depuis des décennies. Le Conseil compte aujourd'hui cinq membres permanents — États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni — tous dotés du veto, et dix membres non permanents élus pour deux ans, sans droit de veto. L'Afrique, avec 54 États, n'y dispose d'aucun siège permanent.
La position nigériane s'inscrit dans une revendication portée de longue date par l'Union africaine, qui réclame depuis 2005 deux sièges permanents et cinq sièges non permanents pour le continent. Le Nigeria, poids lourd démographique et économique de la région, s'estime légitime pour l'un de ces sièges. Mais la concurrence est rude sur le continent : l'Afrique du Sud, l'Égypte, l'Éthiopie ou le Kenya avancent aussi leurs pions. Chaque candidature divise, et l'absence de consensus africain affaiblit la voix du continent dans les négociations.
Le nœud du dossier reste le veto. Les cinq membres permanents n'ont aucun intérêt à partager ce privilège qui leur garantit un droit de blocage sur toute résolution. Washington, Moscou et Pékin se disent ouverts à une réforme, mais aucun n'a proposé de calendrier ni de modalité concrète. La France et le Royaume-Uni soutiennent l'idée d'un siège africain, sans s'engager sur le veto. Cette question du veto est précisément ce qui bloque : un siège permanent sans veto serait perçu comme une demi-mesure par les candidats africains.
La demande nigériane intervient dans un contexte de contestation croissante de l'ordre multilatéral. Les pays du Sud global réclament une refonte des institutions internationales héritées de 1945, qu'ils jugent inadaptées aux réalités actuelles. Le Nigeria, qui vient de prendre la présidence de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, cherche à peser sur cette dynamique. Mais sans accord entre les cinq membres permanents, la réforme du Conseil de sécurité restera lettre morte. Abuja le sait : sa demande est autant un coup politique qu'une revendication réaliste.
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