Le Nigeria invité à cesser d'exporter ses minerais bruts pour éviter le scénario du pétrole
Le World Energy Council Nigeria presse le gouvernement fédéral de transformer localement ses minerais avant exportation, afin de ne pas reproduire les erreurs du secteur pétrolier.

Le World Energy Council Nigeria a adressé une mise en garde directe au gouvernement fédéral : continuer à exporter des minerais non transformés reviendrait à répéter l'histoire du pétrole brut, dont le pays n'a jamais tiré la pleine valeur ajoutée. L'organisation, qui regroupe des acteurs du secteur énergétique, plaide pour une transformation locale systématique avant toute sortie de minerai du territoire. Le Nigeria dispose de réserves solides en lithium, en étain, en coltan et en or. Mais l'essentiel part aujourd'hui brut, vers la Chine notamment, sans création d'emplois industriels ni de recettes fiscales significatives.
Le parallèle avec le pétrole est difficile à contester. Depuis les années 1970, le Nigeria exporte son brut et importe des produits raffinés, une aberration économique que la raffinerie Dangote tente péniblement de corriger. Pour les minerais, le risque est identique : laisser d'autres pays capter la valeur ajoutée de la transformation, du raffinage et de la fabrication. Le WEC Nigeria demande donc des incitations fiscales pour les entreprises qui s'installent localement, ainsi qu'un cadre réglementaire clair pour décourager l'exportation brute. Des pays comme l'Indonésie ont déjà franchi le pas sur le nickel, avec des résultats tangibles sur leur balance commerciale.
La question dépasse le seul secteur minier. Elle touche à la stratégie industrielle du Nigeria, à sa capacité à retenir ses devises et à réduire sa dépendance aux importations. Chaque tonne de lithium transformée sur place, c'est un emploi industriel de plus et une pression moindre sur le Naira. À l'inverse, chaque cargaison brute qui quitte le port d'Apapa ou de Calabar représente une valeur perdue pour l'économie nationale. Le gouvernement fédéral n'a pas encore répondu publiquement à cette interpellation, mais le débat est lancé.
Reste à savoir si l'exécutif suivra cette recommandation ou se contentera de vœux pieux. L'histoire du pétrole nigérian montre que les bonnes intentions sans cadre contraignant ne pèsent guère face aux intérêts des exportateurs. La transformation locale exige des investissements lourds en énergie, en infrastructures et en formation. Sans cela, le Nigeria continuera d'extraire ses minerais pour que d'autres les transforment, et importera demain des batteries et des alliages fabriqués ailleurs avec ses propres ressources.
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