Le Nigeria engrange plus de pétrodollars, sans faire baisser le prix du dollar
Les recettes pétrolières et les réserves de change du Nigeria remontent, mais le naira reste sous pression. La question : ce pactole suffira-t-il à faire baisser le cours du dollar ?

Le Nigeria vend mieux son pétrole. Les cours du brut se maintiennent au-dessus de 80 dollars le baril, la production remonte au-delà de 1,4 million de barils par jour et les recettes fiscales du secteur pétrolier grimpent. Résultat : les réserves de change ont dépassé 36 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis près de deux ans. Sur le papier, le pays reconstitue le matelas de devises qu'il avait laissé fondre en 2023, quand la Banque centrale avait lâché le naira et que le cours officiel était passé de 460 à plus de 1 500 nairas pour un dollar.
Mais le cours du dollar, lui, ne baisse pas. Le naira se négocie toujours autour de 1 500 sur le marché officiel et plus de 1 600 sur le marché parallèle. L'écart s'est même creusé ces dernières semaines. La raison est simple : les dollars qui entrent repartent presque aussitôt. Les importateurs de carburant, de blé ou de pièces détachées absorbent l'essentiel des devises disponibles. Et les pétroliers étrangers rapatrient leurs profits plutôt que de les convertir en nairas. Résultat, l'offre de dollars reste inférieure à la demande, malgré le pactole pétrolier.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Chaque dollar envoyé au Nigeria se convertit toujours à un taux élevé, ce qui pénalise les familles qui reçoivent. Les opérateurs de change attendent un signal clair de la Banque centrale : soit elle laisse le naira se stabiliser en intervenant massivement, soit elle libère davantage de devises pour les importations. Jusqu'ici, Abuja a choisi la prudence, en gardant les réserves comme coussin de sécurité plutôt qu'en les injectant sur le marché.
La question qui reste en suspens : combien de temps le Nigeria peut-il accumuler des dollars sans que cela se répercute sur le taux de change ? Tant que la production pétrolière tient et que les cours restent élevés, les réserves continueront de gonfler. Mais si les importations repartent de plus belle avec la reprise économique, l'excédent de devises fondra aussi vite qu'il est apparu. Le vrai test viendra quand le pays devra choisir entre défendre sa monnaie et financer sa croissance.
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