Le Nigeria doit produire ses propres machines, plaident les ingénieurs mécaniciens
La Nigerian Institution of Mechanical Engineers appelle à réduire les importations de machines et à investir dans la technologie locale pour doper l'industrie nigériane et créer des emplois.

Le Nigeria importe presque tout ce qui tourne, pompe ou usine. Des grues portuaires aux générateurs des hôpitaux, en passant par les machines agricoles, la facture est salée. La Nigerian Institution of Mechanical Engineers (NIME) monte au créneau : elle veut que le pays fabrique lui-même une partie de ces équipements. L'argument est simple. Chaque machine achetée à l'étranger, c'est de la devise qui sort et des emplois qui ne se créent pas à Lagos, Kano ou Port Harcourt. Les ingénieurs nigérians savent concevoir. Ce qui manque, c'est le soutien industriel pour passer du prototype à la production de série.
Le constat n'est pas nouveau, mais il prend un relief particulier avec la dépréciation du naira. Les importateurs de machines ont vu leurs coûts grimper en flèche depuis la libéralisation du taux de change en juin 2023. Une pompe achetée en Chine coûte aujourd'hui presque le double en nairas par rapport à il y a deux ans. Résultat : les petites entreprises qui avaient besoin d'équipements repoussent leurs investissements. Pour la diaspora ouest-africaine qui finance des projets au pays, cette évolution change la donne sur le coût des transferts et la rentabilité des équipements achetés sur place.
La NIME ne se contente pas de demander moins d'importations. Elle plaide pour un tissu industriel local, avec des usines d'assemblage et des chaînes de sous-traitance. Le Nigeria a déjà des pôles de compétences, notamment dans l'ingénierie pétrolière et gazière à Port Harcourt. Mais le pays reste dépendant de l'étranger pour les composants de base : roulements, moteurs électriques, capteurs. Sans production locale de ces pièces, l'assemblage sur place ne suffira pas à réduire la facture d'importation. Les ingénieurs réclament des incitations fiscales et un accès facilité au crédit pour les fabricants locaux.
Le gouvernement nigérian a lancé plusieurs plans de relance industrielle, mais les résultats restent timides. La question du financement demeure le principal obstacle. Les banques nigérianes prêtent peu au secteur manufacturier, jugé risqué. Et sans commandes publiques stables, les jeunes entreprises de mécanique ne peuvent pas atteindre la taille critique. Les ingénieurs de la NIME martèlent un point : réduire les importations de machines ne se décrète pas, cela se construit avec des usines, des formations et des contrats. Le Nigeria a les cerveaux. Il lui manque encore l'écosystème pour les faire tourner.
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