Le Nigeria courtise les industriels allemands pour relancer sa filière acier
Le gouvernement nigérian cherche des investissements et technologies allemandes pour redémarrer son industrie sidérurgique, en misant sur la transformation des minéraux et des équipements.

Le gouvernement fédéral nigérian a entamé des discussions avec des entreprises allemandes pour redonner vie à une filière acier en panne depuis des décennies. L'objectif affiché : attirer des technologies et des capitaux dans la transformation des minéraux et la fabrication d'équipements. Abuja veut sortir d'une dépendance quasi totale aux importations d'acier, qui plombent sa balance commerciale et freinent les grands chantiers d'infrastructures. Le pays dispose pourtant de gisements de fer, de charbon et de calcaire, mais n'a jamais réussi à les valoriser à grande échelle. Les usines d'Ajaokuta, symboles de ce gâchis industriel, tournent au ralenti depuis les années 1980.
Les Allemands ne débarquent pas en terrain vierge. Des groupes comme SMS Group ou Thyssenkrupp connaissent les besoins nigérians en équipements lourds et en ingénierie. Mais l'histoire des projets sidérurgiques au Nigeria est jalonnée de contrats signés puis abandonnés, de conflits de propriété et de corruption. Cette fois, Abuja promet des incitations fiscales et un cadre plus stable. Les autorités misent aussi sur la demande locale : routes, ponts, logements, pipelines. Le marché ouest-africain de l'acier devrait croître de 5 à 7 % par an d'ici 2030, selon la Banque africaine de développement.
Reste un obstacle de taille : l'énergie. Une aciérie moderne consomme des quantités massives d'électricité. Or le réseau nigérian distribue à peine 4 000 mégawatts pour plus de 200 millions d'habitants. Sans régler la question électrique, les Allemands hésiteront à engager des milliards de dollars. Le gouvernement parle de centrales dédiées et de gaz naturel. Les syndicats, eux, réclament des garanties sur l'emploi local et la formation. La balle est dans le camp des investisseurs, qui attendent des signaux concrets avant de poser leurs valises à Abuja.
Si le pari réussit, le Nigeria pourrait réduire sa facture d'importation d'acier, estimée à plus de 4 milliards de dollars par an. Mais les précédents incitent à la prudence : les annonces de relance se succèdent depuis vingt ans sans résultat palpable. La différence, cette fois, pourrait venir de la pression des infrastructures et de la concurrence régionale. Le Ghana et la Côte d'Ivoire avancent aussi sur ce terrain. Pour Lagos, l'heure n'est plus aux effets d'annonce, mais aux actes.
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