Le Nigeria a attiré 10,8 milliards de dollars de devises, dont 68 % hors circuit officiel
La banque centrale nigériane indique que 7,3 milliards des 10,8 milliards de dollars entrés dans le pays proviennent de sources autonomes, un déséquilibre qui pèse sur la gestion du Naira.

La Banque centrale du Nigeria a publié un chiffre qui en dit long sur la structure réelle du marché des changes nigérian. Sur les 10,8 milliards de dollars entrés dans le pays, 7,3 milliards — soit près de 68 % — proviennent de ce qu'elle appelle des sources autonomes. Comprenez : des flux qui ne passent pas par les canaux officiels de la CBN, mais par les banques commerciales, les bureaux de change, les transferts privés et les opérations des multinationales. Le circuit classique, celui que la banque centrale contrôle directement, ne pèse donc plus qu'un tiers des entrées.
Cette répartition raconte quelque chose de simple : les devises qui arrivent au Nigeria échappent de plus en plus à la main de la CBN. Les exportateurs de pétrole, les investisseurs étrangers, les opérateurs de télécoms et les banques internationales opèrent via des canaux que la banque centrale ne fixe pas. Résultat, le taux officiel qu'elle publie chaque jour a de moins en moins de prise sur la réalité des transactions. Les entreprises qui ont besoin de dollars pour importer savent déjà qu'elles ne les trouveront pas au guichet de la CBN, mais auprès de ces sources autonomes, à un prix souvent plus élevé.
Le phénomène n'est pas nouveau, mais son ampleur surprend. À 68 %, les sources autonomes deviennent le vrai marché du dollar au Nigeria. La CBN peut annoncer un taux, mais ce sont les banques et les opérateurs privés qui font le prix. Pour les commerçants, les importateurs et les Nigérians de la diaspora, cela signifie que le taux qui compte est celui du marché réel, pas celui des communiqués. Des plateformes numériques comme SendXOF répercutent ce taux en temps réel sur leurs interfaces, parce que c'est celui que les utilisateurs rencontrent quand ils envoient ou reçoivent des fonds.
La question qui reste ouverte est celle du contrôle. Une banque centrale qui ne capte qu'un tiers des flux de devises perd de son influence sur la monnaie. Elle peut relever ses taux, ajuster ses réserves, multiplier les circulaires : si le marché vit ailleurs, l'effet est limité. Le Nigeria a libéralisé son régime de change en 2023 pour attirer les capitaux. Les chiffres publiés aujourd'hui montrent que les capitaux sont revenus, mais qu'ils ne passent plus par la porte d'entrée que la CBN espérait contrôler.
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