Le Naira ignore la baisse des taux et grimpe à un plus haut de deux ans
La monnaie nigériane a atteint son meilleur niveau depuis deux ans, balayant les craintes de dépréciation après la dernière réduction du taux directeur de la banque centrale.

La Banque centrale du Nigeria a réduit son taux directeur la semaine dernière, une décision qui devait logiquement affaiblir le Naira. C'est l'inverse qui s'est produit. La devise nigériane a grimpé à son plus haut niveau depuis deux ans, autour de 1 200 nairas pour un dollar sur le marché officiel, selon les données de clôture de mardi. Les cambistes s'attendaient à une pression à la baisse, mais le marché a pris le contrepied. Cette résistance tient en partie à l'afflux de devises étrangères : les exportations de pétrole brut ont rapporté 12 % de plus qu'au trimestre précédent, et les investisseurs de portefeuille sont revenus sur les obligations souveraines, attirés par des rendements encore élevés malgré la baisse des taux.
La confiance des opérateurs ne repose pas seulement sur les chiffres du pétrole. Depuis le début de l'année, la CBN a multiplié les mesures pour assainir le marché des changes : suppression des fenêtres multiples, contrôle des banques commerciales, et surtout, un afflux record de dépôts en devises dans les banques locales. Les recettes de change des exportations non pétrolières — cajou, engrais, ciment — ont progressé de 18 % sur un an. Résultat : l'offre de dollars dépasse la demande sur le marché officiel, ce qui explique en partie la vigueur du Naira. Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts, surtout pour ceux qui envoient des fonds depuis l'Europe ou les États-Unis vers Lagos ou Abidjan.
Le marché parallèle, lui, n'a pas encore totalement suivi. Le Naira s'échange autour de 1 380 pour un dollar dans les bureaux de change de Lagos et Kano, soit un écart de 13 % avec le taux officiel. Cet écart reste important, mais il s'est réduit de moitié depuis janvier. Les importateurs de riz, de carburant et de pièces détachées commencent à revenir vers le circuit officiel, où les dollars sont plus disponibles. Certains grossistes de Balogun Market affirment avoir obtenu des devises à un taux proche de 1 220 la semaine dernière, une première depuis 2023. La prime de risque sur le Naira se resserre, et les contrats à terme à trois mois tablent désormais sur une stabilité autour de 1 250.
Reste à savoir si cette embellie va durer. La baisse des taux directeurs vise à stimuler le crédit aux PME, mais elle pourrait relancer l'inflation, déjà à 24 % sur un an. La CBN parie que la production agricole et la hausse des recettes fiscales compenseront. Les analystes de Lagos notent que le Naira reste vulnérable à une chute des cours du brut ou à un retrait brutal des investisseurs étrangers. Pour l'instant, le marché envoie un signal clair : la monnaie nigériane résiste mieux que prévu. Les prochaines adjudications de devises, prévues jeudi, diront si cette confiance se confirme ou si elle n'était qu'un feu de paille.
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