Le Kenya veut une part dans la raffinerie Dangote de Lamu à 16 milliards de dollars
Le gouvernement kényan prévoit d'investir via son Fonds national d'infrastructures dans la raffinerie de pétrole de Lamu, un projet de 16 milliards de dollars porté par Aliko Dangote. William Ruto a confirmé l'opération.

Le Kenya a décidé de monter au capital de la raffinerie de pétrole que Dangote construit à Lamu. William Ruto a annoncé lundi que l'État kényan passerait par le Fonds national d'infrastructures pour acquérir une participation dans ce projet évalué à 2 200 milliards de shillings, soit 16 milliards de dollars. Le site se trouve sur l'archipel de Lamu, à quelques kilomètres de la frontière somalienne, une zone que Nairobi veut transformer en pôle pétrolier et logistique. Aliko Dangote, l'homme le plus riche d'Afrique, pilote déjà la méga-raffinerie de Lekki, près de Lagos, d'une capacité de 650 000 barils par jour. Avec Lamu, il étend son emprise sur le raffinage continental.
Pour Nairobi, l'enjeu dépasse la simple rentabilité financière. Le Kenya importe la quasi-totalité de son carburant raffiné, une facture qui pèse lourd sur ses réserves de devises. En s'associant à Dangote, le pays veut sécuriser son approvisionnement en gasoil, essence et jet fuel, tout en réduisant sa dépendance aux raffineries étrangères. Le Fonds national d'infrastructures, créé pour financer les grands travaux sans alourdir la dette publique, servira de véhicule d'investissement. Reste à savoir quelle part exacte le Kenya obtiendra et à quel calendrier. Le projet Lamu traîne depuis des années, freiné par des questions foncières et des études d'impact environnemental.
La décision kényane intervient dans un contexte de recomposition des flux pétroliers en Afrique de l'Est. L'Ouganda a choisi la voie terrestre via le pipeline de Hoima à Tanga, la Tanzanie renforce son terminal de Dar es Salaam, et l'Éthiopie cherche des alternatives à Djibouti. Lamu, avec son port en eaux profondes inauguré en 2012, veut capter une partie de ce trafic. Mais la région reste instable : des attaques shebab ont visé des installations kényanes ces dernières années, et les communautés locales contestent l'accaparement des terres. Le succès du projet dépendra autant de la sécurité que du financement.
Pour Dangote, l'entrée du Kenya au capital est un signal fort. Elle valide son modèle de raffinerie intégrée à l'échelle régionale et pourrait attirer d'autres investisseurs souverains. La Nigeria National Petroleum Company, qui fournit déjà du brut à Lekki, suit le dossier de près. Si Lamu sort de terre, l'Afrique de l'Est disposerait de sa première grande raffinerie privée, capable de traiter le pétrole ougandais et sud-soudanais. Une perspective qui rebattrait les cartes du raffinage sur le continent, où la plupart des pays exportent du brut et importent des produits finis.
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