Le gouverneur de la CBN revendique un retour à la stabilité monétaire au Nigeria
Olayemi Cardoso affirme que la banque centrale a redressé un marché des changes dysfonctionnel et jugulé l'inflation héritée de 2023. Les opérateurs attendent des preuves durables sur le Naira.

Olayemi Cardoso a pris la parole cette semaine pour dresser le bilan de la Banque centrale du Nigeria. À l'en croire, l'institution a rempli une bonne partie de son mandat : stabilité des prix et de la monnaie. Il rappelle qu'à son arrivée, la CBN héritait d'un Naira sous pression, d'une inflation galopante et d'un marché des changes en lambeaux, avec plusieurs taux de change parallèles qui décourageaient jusqu'aux investisseurs les plus patients. Le discours se veut rassurant, presque triomphal.
Les faits donnent en partie raison à Cardoso. Depuis la libéralisation partielle du marché en 2023, l'écart entre le taux officiel et le taux parallèle s'est réduit. Le Naira a arrêté sa chute libre, même s'il reste fragile autour de 1 500 nairas pour un dollar. La CBN a aussi nettoyé les arriérés de devises étrangères qui bloquaient les entreprises importatrices, et relevé son taux directeur à plusieurs reprises pour contenir l'inflation. Résultat : les réserves de change se sont reconstituées, au-dessus de 35 milliards de dollars selon les dernières données.
Mais la prudence reste de mise. L'inflation tourne encore autour de 30 % sur un an, un niveau qui écrase le pouvoir d'achat des ménages et des petites entreprises. Les Nigerians qui envoient de l'argent depuis l'étranger surveillent de près ces va-et-vient : chaque point de taux compte quand on transfère vers un proche à Lagos ou à Kano. Sur ce terrain, la diaspora ouest-africaine ajuste ses envois en fonction des écarts entre les canaux officiels et informels, et cette bataille pour la confiance se joue autant dans les chiffres que dans les perceptions.
Cardoso mise sur la crédibilité retrouvée pour attirer les capitaux étrangers. Son pari : une monnaie stable ramènera les investisseurs, qui financeront la croissance et allégeront la pression sur les prix. Mais la route reste longue. Les marchés attendent des résultats concrets sur l'inflation avant de crier victoire, et la moindre secousse politique ou pétrolière peut renvoyer le Naira à ses vieux démons. La stabilité monétaire se gagne sur la durée, pas dans un discours.
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