Le FMI chiffre les gains des réformes anti-évasion pour les pays émergents
Le FMI estime que des mesures renforcées contre l'évasion fiscale des multinationales pourraient augmenter sensiblement les recettes des pays émergents et en développement.

Le Fonds monétaire international a publié une analyse qui chiffre les retombées des réformes anti-évasion fiscale pour les pays émergents et en développement. Selon l'institution, le transfert de bénéfices vers des juridictions à faible imposition prive ces États de recettes substantielles. En durcissant les règles, ils pourraient récupérer des sommes qui représentent, dans certains cas, une part non négligeable de leur PIB. Le FMI cite l'exemple de plusieurs pays africains où les multinationales déclarent des marges très faibles localement tout en réalisant des profits élevés ailleurs. La balle est dans le camp des administrations fiscales, qui doivent se doter d'outils pour traquer ces pratiques.
Le Nigeria est directement concerné. Les autorités nigériannes estimaient déjà à plusieurs milliards de dollars les pertes annuelles liées aux flux financiers illicites. Les géants du pétrole et des télécoms opèrent dans le pays, mais logent souvent leurs profits dans des filiales à l'étranger. Une réforme coordonnée au niveau international, portée par l'OCDE et le G20, vise à imposer un taux minimum mondial d'imposition des sociétés. Le FMI soutient cette approche, tout en reconnaissant que les pays à faible revenu manquent parfois de moyens pour appliquer les nouvelles règles. Sans capacité administrative, les textes restent lettre morte.
Pour les économies qui dépendent des matières premières, l'enjeu dépasse la simple fiscalité. Les recettes non perçues creusent les déficits et limitent la marge de manœuvre budgétaire. Le FMI préconise un renforcement des échanges d'informations entre administrations et une taxation des services numériques là où la valeur est créée. Des pays comme le Kenya ou le Sénégal ont déjà engagé des réformes dans ce sens. Mais la coordination reste le maillon faible : une mesure unilatérale risque de faire fuir les investisseurs vers des juridictions plus accommodantes. D'où l'insistance du Fonds sur une approche multilatérale.
Les gains potentiels ne se concrétiseront pas sans volonté politique. Le FMI appelle les gouvernements à investir dans les administrations fiscales, à former des inspecteurs et à moderniser les systèmes de collecte. Pour les pays émergents, l'enjeu est double : financer le développement et réduire la dépendance à l'endettement extérieur. La réforme de la fiscalité internationale avance, mais lentement. Les multinationales, elles, disposent d'avocats et de structures sophistiquées pour continuer à optimiser. Le rapport du FMI rappelle une réalité simple : sans règles contraignantes et appliquées, les profits continueront de s'évaporer vers les paradis fiscaux.
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