Le coût du crédit étouffe les infrastructures africaines, alerte le ministre nigérian des Finances
Taiwo Oyedele pointe les taux d'intérêt élevés, le risque de change et le manque de capitaux comme freins majeurs au financement des infrastructures en Afrique.

Taiwo Oyedele a été direct. Lundi, le ministre nigérian des Finances a expliqué devant un parterre d'investisseurs que l'Afrique ne parvient pas à financer ses routes, ses ports et son électricité. En cause : des taux d'intérêt qui dépassent souvent 20 % sur les marchés locaux, des devises qui décrochent et des capitaux qui manquent. Le constat n'est pas nouveau, mais il prend un relief particulier alors que le Nigeria cherche à boucler son budget 2025 et que plusieurs pays de la zone ont vu leurs notes souveraines se dégrader.
Le problème tient en une équation simple. Un État qui emprunte à 22 % en nairas pour construire un pont doit rembourser des sommes colossales avant même que le premier camion ne passe. Ajoutez à cela une dépréciation annuelle de 30 % face au dollar et le coût réel du projet devient impossible à prévoir. Les entreprises privées ne s'aventurent pas davantage : les projets d'infrastructure demandent dix à vingt ans, mais les banques locales prêtent rarement au-delà de trois ans. Résultat, les chantiers s'arrêtent, ou ne démarrent pas.
Pour la diaspora ouest-africaine, cette évolution change la donne sur le coût des transferts. Les capitaux envoyés depuis l'Europe ou les États-Unis deviennent une source de financement de plus en plus scrutée, précisément parce que les banques locales se retirent. Les États le savent et multiplient les appels du pied. Mais les transferts restent chers et fragmentés, ce qui limite leur impact sur les grands projets structurants.
Oyedele plaide pour des mécanismes de garantie régionaux et un recours accru aux financements mixtes, public-privé. La Banque africaine de développement a déjà des outils, mais ils restent sous-utilisés. Tant que les taux ne baisseront pas et que les devises resteront volatiles, l'Afrique continuera de payer ses infrastructures au prix fort. Le vrai enjeu n'est pas de trouver de l'argent, mais de le rendre moins cher.
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